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Jacques CHEVILLET, Souvenirs d'un cavalier de la Grande-Armée 1800-1810

 

format 15,5x24 cm, 282 pages, ISBN 2-910828-33-6, 29 euros
© Boutique de l'Histoire éditions, 2004

Introduction par Christophe Bourachot

Présentation par Jacques Chevillet

Le témoignage dans le domaine historique est un des éléments essentiels afin de mieux appréhender une période. Celui de Jacques Chevillet, soldat de la Grande-Armée, fait bien partie de cette « ouvre de mémoire ».
Jamais réédités depuis 1906, date de leur première publication (chez Hachette), et rédigés par l'auteur très peu de temps après les faits, ces « Souvenirs d'un cavalier de la Grande-Armée » sont ceux d'un personnage au destin atypique.
Chevillet s'engage dès l'âge de 15 ans au sein du 8ème chasseurs à cheval. Il sera présent, jusqu'en 1809, lors des principales campagnes de l'Empereur. Ainsi, de la Hollande à l'Autriche, le lecteur suit ce jeune cavalier à travers l'Europe en guerre.
L'auteur de ces souvenirs ouvre grands les yeux et note avec précision tout ce qu'il voit. Dans une correspondance adressée à son père et à un ami, il raconte, commente avec talent, les différents épisodes de sa carrière militaire.
Puis, le 5 juillet 1809, lors de la bataille de Wagram, son parcours s'arrête brutalement. Cet épisode ultime au cours duquel il est blessé grièvement, donne une intensité supplémentaire à sa narration.
N'écrivant pas dans le but d'une justification quelconque, Jacques Chevillet a laissé un récit qui forme, sans nul doute, un des plus vivants documents sur cette épopée napoléonienne ayant marqué non seulement notre histoire mais également, celle de l'Europe tout entière.

 

Introduction

 

« La guerre n'est rien d'autre qu'un combat singulier à grande échelle »,a écrit Clauzewitz  Jacques Chevillet, qui commença sa carrière militaire comme trompette au 8ème chasseurs à cheval fait partie de ceux qui furent les acteurs de cette « guerre ».
Publiés pour la première fois en 1906, un siècle tout juste après Iéna, les souvenirs de Chevillet, furent rédigés par leur auteur très peu de temps après les faits et c'est ce qui fait leur particularité : notre trompette, engagé en 1801 est blessé en 1809, ce qui marque la fin de son engagement et il termine la rédaction de son manuscrit en novembre 1811.
Jacques Chevillet, né à La Fère, le 29 juin 1786. Cette petite ville de l'Aisne est à l'époque une place militaire importante dans laquelle est affecté son père. Il n'en faudra pas plus au jeune Jacques pour se diriger vers la carrière des armes. Il rejoint donc à l'âge de quinze ans le 8ème chasseurs à cheval qu'il ne quittera plus. Cette arrivée au sein de ce régiment marque aussi le début de la rédaction de son témoignage, composé par de nombreuses et longues lettres à son père et à un ami.
Ainsi, de la Hollande à l'Autriche, le lecteur suit ce jeune trompette à travers l'Europe en guerre. L'insouciant Chevillet ne manque pas, tout au long de son récit, de faire preuve d'espièglerie, d'un certain humour, et de cette joie de vivre si propre aux jeunes gens de son âge. Mais il n'en est pas moins lucide : « J'ai 17 ans passés, écrira-t-il plus tard, et je n'en suis pas plus raisonnable, car je suis toujours étourdi à mon ordinaire. Si, comme l'on dit, la raison ne vient qu'à 40 ans, j'ai encore le temps de faire des folies. ». En Hollande, Il vivra de longs mois de garnisons, ponctués par de multiples épisodes hauts en couleurs.
En septembre 1805, changement de décor : il part pour l'Allemagne. Dès son arrivée à Mayence, notre trompette manque de se noyer dans le Rhin. Il commence alors sa quatrième campagne toujours « attaché comme trompette à la 2ème compagnie. » Quelques jours plus tard, avant la mémorable bataille d'Ulm, il aperçoit pour la première fois l'Empereur et écrit à son père : « Depuis que je suis militaire, c'est la première fois à la vérité que je me trouve présent à une bataille ». Il assiste à la capitulation d'Ulm qu'il décrit avec beaucoup de détails. En effet, rien ne lui échappe ; il écrit comme il vit : avec intensité.
Nous le retrouvons après dans le Tyrol, où, malgré un séjour un peu ennuyeux, Chevillet se fait remarquer une nouvelle fois par ses facéties. Cette légéreté d'esprit, cette notion d'amusement quasi-permanente chez lui, n'est-elle pas l'unique moyen d' échapper à un quotidien pas toujours très gai ?
Au Printemps 1806, Jacques Chevillet est en Italie. Il aperçoit,de nouveau et avec toujours la méme admiration, Napoléon  : « Il était accompagné du Prince Eugène, vice-roi, du Prince Murat, roi de Naples, du Général en chef Macdonald et des autres généraux de l'armée. ».
Blessé lors d'un nouveau duel, le courageux Chevillet insiste auprès de son maréchal des logis afin de participer à la préparation de la campagne d'Autriche : « Je puis t'assurer d'avance que je suis au comble de mes désirs de faire cette campagne », déclare t-il dans une lettre. Notre trompette est engagé dans les principales opérations, notamment lors de la bataille de la Piave, le 8 mai 1809. Quelques jours plus tard, le 8ème chasseurs entre en Autriche.
 L'année 1809 sera marquante pour le jeune Chevillet. Blessé légèrement le 14 juin, lors de la bataille de Raab, c'est le 5 juillet à Wagram que s'achève brutalement sa carrière : « Le malheureux Chevillet après s'être comporté en vaillant militaire et avoir combattu pendant cette journée, a eu le malheur d'être atteint par un éclat d'obus qui lui a coupé le bras droit et son cheval a été tué sous lui. ». Le passage relatant cet épisode est sans doute le plus émouvant de son récit. Chevillet, amer mais résigné, écrit à son père de l'hôpital de Vienne, un mois après Wagram : « Après m'être trouvé présent à plus de dix combats, au milieu des coups de canon, des coups de fusil, des coups de sabre, au milieu des charges et des mêlées, sans avoir attrapé aucune blessure, mon destin me réservait de succomber dans cette dernière bataille. »
Ecarté définitivement de toute vie militaire, Chevillet, qui venait d'être nommé maréchal des logis, âgé de 23 ans et estropié d'un bras, rentre chez lui à Pontoise le 1er février 1810. Avec 251 francs comme solde de retraite, il commence alors, de la main gauche, la rédaction de ses souvenirs. Il s'éteindra en 1837.
Les pages qu'il a laissées forment, sans nul doute, un des plus vivants documents cette épopée napoléonienne qui a marqué non seulement notre histoire mais également celle de l'Europe tout entière.

Christophe Bourachot

 

Présentation

En commençant ce mémoire, j'ai eu pour but de recueillir autant que possible par ordre de dates les divers faits et actions militaires auxquels j'ai pris une part active dans les divers pays où je suis allé. Le tout ainsi réuni depuis mon entrée au service jusqu'à mon retour dans mes foyers, mon intention était de me retracer les aventures et les événements qui ont traversé ma jeunesse, dans toutes les situations où je me suis trouvé.

Ce n'est ni l'orgueil, ni la vanité qui m'ont fait entreprendre ce travail : ce n'est que le pur désir de me faire un sujet de récréation. A mon retour de l'armée, comme j'avais la mémoire encore fraîche de tout ce que j'ai fait, et qu'en y réfléchissant, je trouvais que j'avais été assez heureux soldat, vu que les circonstances m'avaient souvent favorisé, et qu'avec l'intelligence et les facultés que j'avais, j'ai peut-être varié et multiplié ma conduite et mes actions plus qu'un soldat ordinaire qui ne s'attache qu'à son devoir et à obéir, c'est ce qui m'a décidé à écrire ici ma vie militaire que j'ai rédigée par lettres.

Je ne prétends pas me faire voir autrement que je n'ai été, mais tel que j'étais réellement dans toutes les occasions qui se trouvent rapportées dans ce mémoire, où je me suis montré suivant les circonstances bon et méchant, fort et faible, hardi et entreprenant, courageux et intelligent, prudent et étourdi, joyeux et sans souci, heureux et malheureux, soumis et indocile, espiègle et mal avisé, mais toujours guidé par des principes d'honneur, aimant la droiture et la loyauté, aimé et considéré de mes supérieurs et de mes camarades. Je n'ai pas besoin d'emprunter des actions des autres, mais je raconte ce que moi-même j'ai fait successivement à mesure que l'âge, la force, la raison et l'expérience m'ont donné les facultés de me conduire à travers les écueils d'une jeunesse ardente et fougueuse.

J'aime à le répéter, les actions un peu éclatantes qui se trouvent détaillées dans la suite de ce mémoire, toutes sont de ma façon : j'ai participé à toutes ; toutes sont relatives à ma conduite, je puis le dire sans vanité. Si le sort de la guerre ne m'eût pas sitôt arrêté dans ma carrière, je pouvais prétendre comme d'autres à l'avancement et aux récompenses qui distinguent les braves militaires. Puisque je voulais en faire mon état, je n'avais pas d'autre ambition en faisant ma profession des armes, que de bien servir ma patrie, apprendre à combattre comme un bon soldat pour l'honneur et pour la victoire sous le gouvernement d'un prince chéri de la nation, favori de la renommée, qui faisait déjà par son grand génie et ses talents la gloire et l'espérance des Français, la fortune des militaires qui servaient bien leur patrie, la terreur des ennemis, enfin l'admiration de toute l'Europe et de l'univers.

La vraie, l'impartiale histoire fera connaître à la postérité ce qu'a fait ce grand capitaine.

J'ai recueilli toutes mes lettres que j'ai divisées en quatre parties et que j'ai arrangées par ordre de dates ; les unes s'adressant à mon père, les autres à un ami.

La première et la deuxième partie de mes lettres ne s'étendent pour la plupart que sur ma grande jeunesse et mes étourderies, la troisième et la quatrième partie s'étendent davantage sur mes actions militaires à la guerre et comment je m'y suis comporté.

En écrivant ainsi ma vie militaire, je ne prétends pas me faire valoir ni passer pour écrivain sans défaut ; mon petit génie n'a pas été assez cultivé pour cela ; mais comme je l'ai dit, je me fais un sujet de récréation en rédigeant mes lettres, j'écris purement et simplement comme un soldat qui dit ce qu'il pense sur ce qu'il a fait et ce qu'il a vu. C'est pourquoi j'engage ceux qui me liront à ne pas critiquer mon style, ni mes fautes d'orthographe, ni mes fautes d'expression, car je prévois qu'il y en aura un magasin dans ce mémoire.

CHEVILLET.