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François-Olivier TOUATI (dir.), Archéologie et architecture hospitalières de l'Antiquité tardive à l'aube des Temps modernes
format 15,5x24 cm, 437 pages, ISBN 2-910828-31-X, 29 euros |
Alors que depuis une vingtaine d'années l'histoire de l'assistance, de la médecine et des malades fait l'objet d'approches renouvelées, l'histoire du cadre hospitalier, avant les grandes constructions du XVIIe siècle, reste un domaine loin d'avoir été systématiquement parcouru. A côté de l'étude et de la mise en valeur de vestiges prestigieux (Hôtel-Dieu de Tonnerre, Hospices de Beaune, Hospice-Comtesse à Lille, Grand Hôpital de Norwich en Angleterre, ou encore Santa Maria della Scala à Sienne...), les recherches menées de façon isolée appellent aujourd'hui une large confrontation susceptible de conduire à une vision plus nette, à une réévaluation des problématiques, à l'établissement d'enquêtes programmées et à une sensibilisation accrue des historiens, des archéologues comme du plus large public à l'égard d'un patrimoine souvent diffus et méconnu..
À quelles réalités matérielles répond la floraison hospitalière médiévale, sous quelles formes et suivant quelles chronologies ? Pour quels hôtes, pèlerins, lépreux, infirmes, enfants ou accouchées, et selon quel niveau de diagnostic?
Du Proche-Orient paléochrétien au Portugal, de Champagne en Flandre ou en Normandie, passant par le Val-de-Loire, le Languedoc ou la Bourgogne, c'est à une appréciation d'ensemble, appuyée sur des exemples variés présentés lors d'une rencontre internationale à l'Université de Paris XII, que cet ouvrage voudrait contribuer, examinant les diverses solutions mises en place durant le long Moyen Âge et structurant davantage, au-delà des différentes approches et méthodes requises, le champ d'étude à explorer. L'hôpita l: une mesure des civilisations.
Auteurs :
Denis BOUGAULT, Médecin, chercheur au Laboratoire
d'anthropologie de la Faculté de Médecine de Caen
Nicole BROCARD,
Maître de Conférences à l'Université de Besançon
François
BLARY, Conservateur territorial du Patrimoine (Château-Thierry)
Claude
COLLU, Infirmier psychiatrique au Centre hospitalier de Montauban
Alain GIRARD,
Conservateur des Antiquités et Objets d'art du Gard
Vincent GRÉGOIRE,
Archéologue à l'I.N.R.A.P.
Mark GUILLON, Anthropologue à
l'I.N.R.A.P., chargé de cours à l'Université de Paris 1
(Panthéon-Sorbonne)
Damien JEANNE, Professeur d'Histoire-Géographie
(Caen), doctorant à l'Université de Paris X (Nanterre)
Pascal
JOYEUX, Chargé d'opération et de recherche à l'I.N.R.A.P.
Pierre
JUGIE, Chargé de recherches au C.N.R.S. (I.R.H.T., Orléans)
Daniel
LE BLÉVEC, Professeur à l'Université Paul-Valéry
(Montpellier III)
Claire MABIRE LA CAILLE, Maître de Conférences
à l'Université de Paris 1 (Panthéon-Sorbonne)
Denise
PÉRICARD-MÉA, Chercheur associé au Laboratoire de Médiévistique
occidentale (C.N.R.S.lUniversité de Paris 1)
Stéphane RÉVILLION,
Conservateur du Patrimoine (Service régional de l'Archéologie
du Nord-Pas-de-Calais)
Maria de Lurdes ROSA, Assistante à l'Université
Nouvelle de Lisbonne
Olivier RUFFIER, Ingénieur d'étude au
Service régional de l'Archéologie de la région Centre
Didier
SÉCULA, Doctorant à l'Université de Paris IV (Sorbonne)
Catherine
THIRARD, Chargée de cours à l'Université Louis - Lumière
(Lyon II)
François-Olivier TOUATI, Professeur à l'Université
François-Rabelais (Tours)
À parcourir les manuels ou les sommes
classiques d'histoire de l'art, de l'architecture ou d'archéologie, à
commencer par les découvreurs - pour ne s'en tenir qu'aux seuls français,
ceux d'Arcisse de Caumont (1853), de Verdier et Cattois (1857), d'Eugène
Viollet-Le-Duc (1863), bientôt suivis de Casimir Tollet (1892) ou de Camille
Enlart (1926) - jusqu'aux plus récents ouvrages, on ne peut qu'être
frappé du caractère sommaire, et partant, schématique,
des pages consacrées aux édifices hospitaliers médiévaux.
Volontiers apprécié comme spectaculaire, voire révolutionnaire,
par l'ampleur quantitative inédite de ses institutions d'assistance,
le Moyen Âge hospitalier est resté jusqu'à l'orée
des années 60 un domaine d'étude fragmenté, ponctuel, avant
d'être depuis lors réinvesti par le biais de l'histoire sociale,
démographique et juridique, religieuse, économique, voire pour
une partie moins convaincante, médicale. Des recherches importantes ont
abouti cette dernière décennie à une perception renouvelée
par des études de plus large échelle.
Curieusement, ce
dynamisme semble n'avoir que très faiblement touché la connaissance
du cadre matériel hospitalier et moins encore - à de notables
mais rares exceptions évoquées plus loin - l'approche concrète
de ce cadre qui relève quant à elle de méthodes d'investigation
plus spécifiquement archéologiques.
Il convient peut-être,
avant d'énoncer quelques-unes des questions en suspens à ce sujet,
au cour de l'histoire des hôpitaux médiévaux, de s'interroger
sur ce décalage et ses implications historiographiques, donc scientifiques
: à quels obstacles semble se heurter notre connaissance des réalités
matérielles et qu'espérer de leur franchissement ?
Quel bilan exploratoire ?
" L'histoire de l'hôpital en Europe et l'histoire
de son architecture sont des domaines qui jusqu'ici n'ont pas été
explorés ". Évidemment outrancière, cette préface
au livre de Dankwart Leistikow sur Dix siècles d'architecture hospitalière
en Europe publié en Allemagne en 1967, un an après la magistrale
synthèse d'histoire hospitalière allemande de Dieter Jetter n'en
n'était pas moins symptômatique. Car force est de constater, quel
qu'en soit l'étonnement, l'indigence commune à ce sujet telle
que la révélait un article que l'on aurait espéré
fondateur paru la même année dans Archeologia sous la plume de
Bertrand Gille sur " L'hôpital au Moyen Âge ". Le domaine aurait-il
à ce point été négligé ou ignoré ?
Sans attendre l'élargissement prôné par Marc Bloch à
l'égard des données de l'histoire matérielle, il suffit
de se pencher sur les travaux érudits du XIXe siècle pour reconnaître
l'intérêt des savants locaux (amateurs éclairés,
médecins, curés, archivistes, instituteurs, républicains,
socialistes ou catholiques mêlés) envers les institutions de charité
ou de bienfaisance de leur bourgade : ils livrent au gré d'une myriade
de bulletins, statistiques, notices, des témoignages descriptifs des
plus précieux quant aux vestiges observés, n'hésitant pas
à entreprendre excavations ou reconnaissance des structures cimétériales
ou bâties. On peut ainsi relever dans le seul quart nord-ouest de la France
plus d'une dizaine de sites hospitaliers disparus, fouillés ou sondés
au XIXe siècle : les léproseries de Dieppe, Chartres, Châteaudun,
Vendôme, Louviers par exemple, tandis que le chirurgien Broca s'adonnait
à l'examen de squelettes découverts près de Saint-Lazare
de Paris lors de sa démolition.
Ainsi, dès les années
trente, la masse des informations recueillies à l'échelle de l'Europe
se trouvait disponible pour autoriser quelques tentatives de synthèse
: pour la Grande-Bretagne, après la considérable collecte des
données archivistiques par William Dugdale en 1830 , l'identification
sans précédent et la localisation des sites hospitaliers par Arthur
J. Sympson dans ses Archaeological Essays en 1872 - singulièrement ignoré
des publications britanniques les plus récentes - suivi de Rotha Mary
Clay en 1909 et Charles Mercier en 1912 avaient ouvert la voie à une
exploration systématique. Möller-Christensen au Danemark entreprenait
l'exploration d'inhumations médiévales avant la première
fouille d'une léproserie à Naestved et l'examen ostéologique
de sa population cimétériale ; Siegfried Reicke en Allemagne,
Nasalli Rocca en Italie, bientôt rejoints par Jean Imbert en France n'abordaient
en revanche la question qu'incidemment, préférant l'approche institutionnelle
et juridique. Par ailleurs capitales, ces études esquivaient pratiquement
toute analyse de topographie historique ou de morphologie du bâti même
si elles utilisaient une partie du travail archivistique des prédécesseurs.
Vaste dépression, donc, quant à l'exploitation de cette part des
gisements savants exhumés au XIXe siècle, difficultés à
rassembler leurs résultats émiettés : au mieux quelques
illustrations de sites monumentaux, leur insertion fugace dans quelque monographie
monumentale et touristique, au pire quelques fantasmes tels ceux d'Édouard
Jeanselme en 1934, dans son Histoire de la lèpre, qui, s'il n'hésitait
pas à aborder brièvement la question des sites et aménagements
des léproseries, justifiait par exemple de manière totalement
incongrue l'édification de la chaire extérieure de l'église
de Guérande comme destinée aux lépreux.
Depuis
bientôt quarante ans, un renouvellement sans pareil a affecté l'histoire
hospitalière sous l'impulsion de grands pionniers : Jean Imbert, Michel
Mollat, Adalberto Pazzini en Italie, Fernando da Silva Correia au Portugal,
Paul Bonnenfant en Belgique notamment. Soutenu et relayé par la création
concomitante de sociétés savantes, au premier rang desquelles
il convient de citer la Société française d'histoire des
hôpitaux, ce mouvement fécond quant à la connaissance des
mécanismes de l'assistance, de son économie, de sa conception
ou des attentes qu'elle a pu manifester, de sa fonction et de sa place dans
les sociétés médiévales, s'est conjugué avec
bonheur à l'essor des autres secteurs ou disciplines historiques. Tous
sauf un : celui de l'archéologie, de la reconnaissance des vestiges matériels
de tout ordre à commencer par l'analyse des constructions, de leurs modèles,
influences, attributions et évolutions. Une simple pesée quantitative
donnera une idée de cette lacune. Une évaluation statistique sommaire,
à partir du relevé des opérations archéologiques
fourni tant par le Centre de Recherches archéologiques médiévales
(Université de Caen-CNRS) et sa revue Archéologie médiévale
que par l'Annuaire du Centre national d'archéologie urbaine, révèle
pour la dernière décennie une moyenne croissante annuelle de 400
interventions de terrain pour toute la France : tout au plus cinq par an ont
concerné un site hospitalier. Plus inquiétantes encore sont les
conditions d'intervention : à peine plus de 10 semaines-fouilleur par
site (à l'exception de celui de Tonnerre) et quasiment aucune publication
exhaustive des résultats. Un simple recul en amont de cette observation,
à partir de 1970, ferait chuter ces maigres statistiques dans les abysses.
Comment
expliquer cette part minime d'investigation des données matérielles
? D'abord, jusqu'à une période récente, par la situation
même de l'exercice archéologique notamment mais pas exclusivement
en France, par la trop grande distance de nombre de ses praticiens et de ses
décideurs à l'actualité des problématiques historiques
et des informations archivistiques, et, à quelques exceptions près,
par la faible, pour ne pas dire inexistante communication avec les historiens.
L'incessante sollicitation d'urgence ou de soi-disant " sauvetage " exige une
polyvalence toute théorique des personnels ; elle les conduit sans répit
suffisant à l'énoncé des résultats, et sans transition
des fonds de cabane de la Tène aux égouts ou aux casernes du XIXe
siècle. Enfin, ne faut-il pas s'étonner de l'inclination quasi-obsessionnelle
vers certains types de sites, villa romaine ou motte féodale dont le
moins que l'on puisse dire - hormis l'emmottement à la fois exceptionnel
et bien banal d'un palais carolingien (à Doué-la-Fontaine) - c'est
que les moyens engloutis sont loin d'avoir bouleversé la vision acquise
par Fustel de Coulanges (1830-1889) ? La structuration déficiente d'un
corps professionnel et l'absence de prospective scientifiquement concertée
et coordonnée rejaillissent donc sur un champ entier de l'historiographie.
L'hommage qui doit être rendu à une poignée d'irréductibles
revient, dans ces conditions, à saluer une clairvoyance manifestée
lors de sollicitations la plupart du temps fortuites. Les circonstances sont
toutefois devenues aujourd'hui plus favorables : comme le note Miri Rubin, dans
un des plus récents bilans sur le développement hospitalier en
Angleterre entre 1100 et 1500, la mise en place de programmes de recherches
consacrés à l'histoire urbaine, assorti de la création
récente au sein des grandes villes de services municipaux spécialisés
ouvre une série d'opportunités à saisir.
Généralement regardée avec fascination
par les chercheurs français, la situation au-delà du Rhin ou de
la Manche serait-elle plus enviable ? Un démenti formel se doit d'être
porté : guère plus d'interventions de terrain mais une nuance,
la programmation de fouilles, accompagnée d'analyses détaillées
et de publications soignées, d'expositions et de confrontations scientifiques.
L'intérêt déjà ancien pour les constructions de toute
taille encore observables et leur valorisation, particulièrement en Angleterre,
diffère également. Dans toute l'Europe post-moderne, l'extension
dévorante des périphéries citadines vouées aux lotissements
pavillonnaires, aux implantations industrielles et commerciales à grande
échelle, aux infrastructures de transport qu'elles entraînent,
va de pair avec les politiques de réhabilitation des centres anciens
et de valorisation touristiquement attractive : les sites hospitaliers médiévaux
ressortissent à l'une et l'autre zones. Après avoir longtemps
fait peu de cas de vestiges souvent noyés dans la banalité environnante,
le besoin de repères visuels mais aussi historiquement identitaires,
l'essor de la demande d'espaces collectifs et muséographiques se sont
parfois conjugués, en des cas pour le moment exceptionnels qui privilégient
la monumentalité ou le goût de l'antiquaire.
Cette faiblesse
des observations concrètes contraste face à la qualité
des acquis obtenus pour les périodes postérieures au Moyen Âge
dont les vestiges visibles et les archives fournissent un accès plus
immédiat. Ce phénomène n'a pas été sans multiples
incidences enchaînées les unes aux autres. Comme toute lacune,
la faiblesse apparente des données disponibles a réduit l'historien
au silence, à l'attentisme prometteur, à l'allusion, l'esquive
ou la généralisation abusive, axée sur quelques schémas-types
fondés sur les plus spectaculaires constructions monumentales encore
en place : l'hôtel-Dieu de Tonnerre, l'Hospice de Beaune - intégrant
ses remaniements anachroniques, démontrés par Didier Sécula
et Pierre Jugie - ou l'hôpital Saint-Jean de Bruges, entre autres, ont
pu servir de modèles polarisateurs au risque d'occulter une réalité
historique jamais mise à jour. Les exemples de ces diverses attitudes
parsèment les travaux de recherche hospitalière : un questionnaire
d'enquête comme celui élaboré en 1974 par Marcel Candille
en vue de contribuer à " un précis d'histoire des institutions
charitables " ou celui du Congrès des sociétés historiques
et scientifiques réuni à Nice en 1996 sur ces mêmes fondations
d'assistance ne comportent pas une ligne sur la morphologie ni sur les caractères
de leurs constructions. À peine Michel Mollat réserve-t-il quelques
pages de sa contribution à l'Histoire des Hôpitaux en France (1982)
à ce qu'il dénomme prudemment " silhouettes d'hôpitaux ".
À sa suite, c'est sous l'angle exclusif de la capacité d'accueil
et du confort qu'Annie Saunier aborde seulement l'étude de quatre bâtiments
hospitaliers classiques en quelques pages de son ouvrage sur Le pauvre malade
dans le cadre hospitalier médiéval (1993). Cadre ? Quel cadre
? Rien de plus de la part de Chiara Crisciani et Jole Agrimi qui reprennent
plus récemment tous les clichés habituels. Réserve ou inhibition
? On reste songeur à la lecture des nombreuses monographies publiées
ces vingt dernières années en Allemagne, en Belgique et jusqu'aux
synthèses par ailleurs excellentes fournies il y a peu en Angleterre
: elles produisent force photographies des édifices en place, planches
anciennes, restitutions minutieuses telles celles encore proposées par
Alain Saint-Denis pour les états successifs de l'hôpital de Laon
aux XIIe et XIIIe siècles, tant en plan qu'en élévation
sans qu'en aucun cas, ces documents " prétextes ", au mieux illustratifs,
ne servent de support à la moindre comparaison ou tentative de compréhension
de l'évolution des formes, styles, fonctions ou partis retenus. Ni ne
suscitent interrogation.
Un correctif positif doit toutefois être
avancé. Le repli des investigations vers deux directions complémentaires
: la reconnaissance ou l'inventaire des établissements ainsi que la réalisation
précise de topographies hospitalières. Repérer, identifier
: recourant à la totalité des types de documents, d'abord écrits,
brassant la masse des sources disponibles, renouant avec le legs érudit
ancien et la toponymie, cette étape s'avère en bonne méthode
être le préalable indispensable à toute prospection sur
le terrain, en quête de traces que l'information écrite est souvent
loin de dépeindre. Visant à une cartographie exhaustive des localisations,
à un affinement des chronologies par l'enregistrement des dates d'apparition
documentaire, les résultats obtenus sont notables même s'il reste
à espérer le regroupement de ces acquis dans des atlas uniformisés,
même si toutes les régions d'Europe et toutes les formes d'assistance
sont loin d'être couvertes. Une meilleure appréciation de l'ampleur
hospitalière, de sa nature, de ses rythmes de création, de sa
distribution et de son insertion dans le tissu de l'habitat, apporte un éclairage
neuf. Elle pose la question des réseaux hospitaliers, des niveaux d'équipement
régionaux : elle est aussi un tremplin vers la démographie historique.
Cette recherche permet également la redécouverte d'édifices
ou de sites menacés et aboutit souvent à une image inattendue
du patrimoine hospitalier. Surprenante est à cet égard la réaction
cristallisée autour de ces bâtiments retrouvés et la mémoire
qu'ils véhiculent. Après la complète restauration du site
de la léproserie de Norwich ou celle de Melaten, près d'Aix-La-Chapelle,
le cas de Saint-Lazare d'Angers est exemplaire : les réticences manifestées
à l'origine par les édiles tiennent aussi pour une bonne part
aux déficiences historiographiques constatées. L'ambition d'une
première rencontre scientifique en France autour des problèmes
que posent aujourd'hui l'archéologie et l'architecture hospitalières
médiévales est aussi de contribuer à éclairer les
politiques de sauvegarde.
Quelques orientations de recherche
Espaces, formes, aménagements, fonctions, décors,
matériaux et jusqu'aux pensionnaires eux-mêmes : chacun de ces
points nécessite investigation, observation, comparaison, à commencer
par la question première du repérage des sites hospitaliers.
Du
Hanovre à la Bavière, d'Irlande, en passant par le Norfolk, Londres
et le Kent, à Valladolid ou Avignon , il n'est pratiquement plus de monographies
urbaines ou régionales qui ne livre sa carte des implantations hospitalières,
du moins à partir du XIe siècle. Toutefois, l'identification et
la localisation des établissements reste encore loin d'être achevée.
La tâche est urgente car à côté d'ensembles monumentaux
dont la préservation s'avère déjà difficile, l'apparente
insignifiance de certaines constructions menace chaque jour davantage leur éventuelle
sauvegarde et par conséquent la base même de l'information : que
ce soit au centre des agglomérations où s'exerce puissamment la
pression foncière ou en périphérie urbaine en connection
directe avec la voirie et les transformations dues aux aménagements routiers
ou industriels.
Les vicissitudes conjoncturelles ayant affecté les
bâtiments hospitaliers ne sont pas récentes : transferts dont les
conditions restent à préciser (saturation de l'espace environnant
ou des capacités d'accueil, perception variable de l'insalubrité),
incendies comme à Blois, dès le XIIIe siècle, ou à
Bourges en 1487, plus tard à Paris en 1772, déprédations
imputables au désastre des guerres dès les XIVe-XVe siècles,
démolitions pures et simples (à Chartres, Caen, Paris etc.), réaffectations
et recouvrements notamment en ce qui concerne les léproseries, entrepris
à grande échelle comme en France lors de la création au
XVIIe siècle des hôpitaux généraux, dégagements
archéologiques manqués et donc perte irrémédiable
des données comme à Paris avec l'hôtel-Dieu ou Saint-Lazare.
La permanence des institutions sur place, continuant à fonctionner comme
hôpitaux, maisons de retraite, centres de réadaptation, ne les
protège pas davantage. Partant des dernières enquêtes, on
peut évaluer actuellement à 10% environ le nombre de sites conservant
quelques éléments visibles du bâti ou livrant une représentation
imagée ne fût-ce que par la fossilisation du parcellaire ; moins
en Allemagne, Belgique, Espagne, davantage en Grande-Bretagne.
Ce repérage
est lourd à effectuer. Il concerne un semis diffus d'établissements
et, à défaut d'archive spécifique, nécessite la
consultation documentaire la plus large : bien rares au Moyen Âge sont
les comptes-rendus de visites à de telles communautés comme dans
le diocèse de Paris en 1351 ! L'inventaire ainsi constitué
permet non seulement d'apprécier les densités d'infrastructures
et leur chronologie mais devient encore à son tour un instrument d'interprétation
historique lorsqu'il s'agit de déterminer les relations de la situation
hospitalière avec son environnement, une réalité qui éclaire
tout autant le statut du malade que l'économie ou l'organisation des
institutions. Combien, où et quand, par conséquent et quels choix
d'installation selon quels critères ? Site de pont, de passage, de cours
d'eau, de marché, de centre-ville, de défense, d'exploitation
rurale directe, jumelé ou intégré à des complexes
de nature complémentaire (groupes ecclésiaux ou cathédraux,
monastiques, confrériaux, communaux .), occupation nouvelle ou remplacement
d'implantation antérieure ? Une typologie mériterait d'être
posée susceptible de déterminer jusqu'au parti retenu pour les
formes du bâti.
Répertorier les solutions architecturales employées
: quelles spécificités morphologiques ces structures matérielles
collectives et voulues pour fixes présentent-elles ? Quelles en sont
les origines ? Faudra-t-il longtemps continuer d'admettre - comme y souscrit
l'historiographie classique - l'absence de tout asile d'accueil dans les civilisations
antiques, attendant la diffusion du christianisme ? Les prescriptions de l'empereur
Julien, il est vrai " apostat ", au milieu du IVe siècle ordonnant la
construction d'hôpitaux dans chaque cité précèdent
d'une génération les créations tenues pour inédites
: celles de saint Basile à Césarée (372), de Pammachius
et Fabiola, amis de saint Jérôme, à Rome (397), suivies
à Alexandrie, à Amasée du Pont, à Arles où
un siècle plus tard l'évêque Césaire installe ses
malades dans une " maison très spacieuse ", ou encore à Clermont
où saint Priest fonde un xenodochium de vingt malades sous " la direction
de médecins et d'hommes expérimentés ". En dehors des témoignages
écrits ou des plans connus des valetudinaria militaires romains, les
groupes complexes des bâtiments thermaux ou des asclépéia
ont-ils été correctement sondés ? Si l'on observe
une continuité jusqu'au XIIe siècle des pratiques d'incubation
auprès des sanctuaires , quelles filiations relient-elles les exemples
précédents et les lieux d'accueil du haut Moyen Âge encore
trop rarement identifiés ou difficilement identifiables - à Rouen
ou au Mans notamment - au cour des ensembles épiscopaux ou en position
d'ermitages ?
Étude des influences mutuelles et des modèles
: ceux de l'Orient byzantin ou latin, ceux de l'espace musulman où la
chronologie des fondations semble curieusement croiser celle du renouveau occidental
(bimaristân al-Aloudi ou al-Nûri à Damas en 1154, à
Alep, au Caire avec l'hôpital al-Salihi en 1182) ; en Terre sainte
et sur les routes de pèlerinage, gîtes d'étapes et d'accueil
des malades en quête de guérison, auprès des grands sanctuaires,
à Jérusalem par exemple ; constructions communautaires dans l'orbite
monastique ou des ordres apparentés, celle des hospitaliers, celle des
béguines comme on le voit encore tardivement dans la contiguité
à la fois collective et individuelle des petites maisons-Dieu de la Boeveristraat
de Bruges, annexes de l'hospice Saint-Julien, fort comparables à la structure
de Sainte-Croix de Stradford-on-Avon ou de Saint-Jean-Baptiste de Lichfield,
aux alignements si caractéristiques des conduits de cheminée extérieurs.
Que doit par conséquent cette architecture à son environnement,
du plus proche au plus lointain : plans, matériaux, techniques, distribution
des espaces et des fonctions, circulation, élévation, réseaux
d'assainissement, modénature ? Quelles distinctions peuvent-elles être
faites d'autres réalisations contemporaines ? À l'inverse, quels
rapprochements sont-ils justifiables en raisons de contraintes ou de modes de
vie similaires : les béguinages déjà évoqués,
les prieurés monastiques pour lesquels nombre de léproseries offrent
une apparence voisine au point que certaines confusions ont été
précocement effectuées (Thaon par Léchaudé d'Anisy
en 1847 ou Le Tortoir par Eugène Viollet-Le-Duc), ou encore les ermitages
de chartreux auxquels font parfois penser certaines structure, celles de la
léproserie de Caen par exemple ? Dans quelle mesure les règlements
hospitaliers calqués sur des matrices semblables ont-ils " dicté
" des partis architecturaux analogues ? Leurs granges, leurs chapelles présentent-elles
des caractères particuliers, un style commun, un ou des partis qui, au-delà
de la fonctionnalité, traduiraient une sensibilité propre ?
Emprunts,
contamination ou quasi identité de formules hospitalières antérieurement
éprouvées - vastes halles, par exemple - sont susceptibles de
révéler des campagnes d'édifications homogènes.
Ils mènent, par conséquent, à s'interroger sur le rôle
des bâtisseurs et des décideurs : incitation ou participation plus
directe des évêques comme, à la fin du XIe siècle,
Lanfranc dans son diocèse de Canterbury ou Yves de Chartres dans une
aire de rayonnement peut-être plus grande ? Nature et objectifs d'éventuelles
politiques princières : campagnes d'édification d'Henri II dans
le domaine Plantagenêt au XIIe siècle, par exemple ; action des
Capétiens, Philippe Auguste surtout, avant saint Louis auquel on attribue
depuis Joinville bien des créations là où il ne s'agit
que de reconstructions pour autant essentielles de notre point de vue ;
place centrale de l'hôpital dans les grandes réalisations urbanistiques
des ducs en Italie au XVe siècle et dans les projets (d'avant-garde ?)
de leurs architectes (Filarete). Mise en ouvre du prestige et des rivalités
évergétiques, de l'émulation aristocratique ou bourgeoise,
conservatisme ou innovation ? Les variations dans le temps et l'espace mériteraient
d'être mieux perçues en fonction des besoins ressentis, des moyens
financiers disponibles, des regards sur les destinataires de ces établissements,
des sensibilités qu'ils engendrent, des relations à d'autres aspects
de l'occupation humaine (phases de lotissement, d'extension urbaine, d'aménagement
défensif, de reconstruction). Ici encore l'esquisse d'une typologie permettrait
de discerner ces facteurs variés, non exclusifs les uns des autres, et
leurs évolutions.
C'est aussi aborder les critères susceptibles
de définir la ou les réalité(s) de l'hospitale médiéval.
Quelle acception en retenir ? La plus large ou indifférenciée
de " lieu pieux " donnée par le droit canonique, englobant toute forme
d'accueil ou de secours envers tout " pauvre " ou " infirme ", c'est-à-dire
devant faire face à toute déficience de l'équilibre de
vie, provisoire ou définitive - ce qui change singulièrement kes
perspectives et met en évidence la variabilité des réalités
et de leur perception ? Il conviendrait alors d'inclure à l'inventaire
les collèges d'étudiants dont on sait que certains ont pu être
hébergés par des hôtels-Dieu (à Paris ou à
Bruxelles par exemple), et jusqu'aux Filles-Dieu dont le cadre d'installation
échappe lui-aussi en grande partie. Esquisser une typologie en fonction
des destinataires principaux ? On se conformerait ainsi davantage à la
nomenclature orientale dressée par Justinien au VIe siècle et
imitée de manière théorique par les Carolingiens, comme
l'a montré Jean Imbert : xenodochia, ptochotrophia, nosocomia, orphanotrophia
ou brephotrophia, et enfin gerontochomia. La " grille " serait peut-être
à affiner suivant la fonction ou la spécialisation hospitalière
qui se manifeste plus clairement aux XIIe et surtout XIIIe siècles :
aveugleries, hospices de pèlerinage, léproseries, asiles de vieillesse,
par opposition au caractère généraliste des aumôneries
ou infirmeries. S'y ajouteraient, après les mesures de quarantaine instaurées
à la fin du XIVe siècle, les asiles de peste. L'approche du vocabulaire
médiéval, polysémique, appelle toute prudence : l'emploi
d'un terme ne signifie pas forcément un genre d'accueil exclusif. La
distribution des locaux d'un hôpital "généraliste"
a pu tenir compte d'une différenciation de ses hôtes (femmes
en couche, vieillards, " donnés " ou simples affamés) et d'une
répartition entre hommes, femmes et même enfants. Certains modes
de vie, selon la durée du séjour provisoire ou définitif,
ont aussi dicté une organisation de l'espace intégrant chapelle,
dortoirs communs, logis de visiteurs et des personnels " soignants " à
des bâtiments d'exploitation économique, de nature agricole ou
commerciale (cellier, perron, foirail, grenier, grange, bergerie, étable,
pressoir, basse-cour), sans oublier un enclos funéraire propre : c'est
le cas, à échelle variable, des léproseries (à Beauvais,
Sens, Vezelay, Montreuil ou Sées) dont la conception - du moins à
l'origine - est proche de celle des communautés monastiques. Que dire
également de la structure des heckdech et d'une façon plus large
de l'assistance juive dans ses aspects matériels ?
Critères
de forme et de situation. On ne possède aujourd'hui aucune trace des
constructions de bois (mansiunculæ, teguria, bordellum) comparables à
certaines laures ou ermitages qui ont servi d'abris initiaux, pas seulement
pour les groupes pionniers de lépreux, attendant la réalisation
d'édifices en dur, et uniquement connus par les sources littéraires
ou hagiographiques. Une chronologie plus fine du développement du bâti,
de l'adoption des partis standards, du passage de l'hôpital-cloître
à l'hôpital-église ou à l'hôpital-halle est
également requise. Si l'hôpital est, selon l'adage "la seigneurie
du pauvre", dans quelle mesure sa composition démarque-t-elle la
structure des demeures seigneuriales (aula, camera, capella) ? Comment s'opère
l'intégration à d'autres bâtiments d'usage séparé
dans le cas d'une tutelle exercée par des institutions de nature différente
: aumônerie monastique à bien distinguer de l'infirmerie des moines,
porta, hospice canonial, épiscopal, hôpital de confrérie,
échevinal ou consulaire ? Quelle spécificité est-il encore
possible de reconnaître dans la réaffectation de bâtiments
d'usage antérieurs, privés, comme c'est, entre autres, le cas
à Lille ou à Seclin au milieu du XIIIe siècle avec les
donations par les comtesses de Flandre de leurs propres résidences, ou
à Montauban en 1373, avec la création d'un hospice dans une tour
consulaire érigée au centre de la ville à 32 mètres
de hauteur : hasard d'un transfert ou quête " sanitaire " d'élévation
afin de profiter d'un air plus sain, et donc propice à la salubrité
des malades comme l'établissent les Guides de santé à partir
du XIIIe siècle ?
La distribution des locaux et leurs
aménagements intérieurs, sujets à réadaptations
fréquentes, échappent largement même si de précieux
inventaires ou règlements écrits dévoilent leur existence
: " salles ", infirmeries, logia, celliers, cuisines, boulangeries (et donc
fours), lingeries, lavanderies ou panneteries, ouvroirs, galeries, salle de
chapitre, bains, " aisements ", trésor, emplacements des éventuels
lieux de culte ou de dévotions (autels, statues, retables, reliquaires)
distribués au gré d'un partage entre les capacités de chacun
; logements du supérieur, du proviseur, des desservants, des différentes
catégories de personnel, des familiers ; logement des malades ou des
assistés ; chauffage (fixe ou mobile) dont on pressent, par les donations
premières en nature qui suivent l'établissement des institutions,
qu'il constitue une préoccupation prioritaire, mécanismes d'aération
parfois modulables , systèmes d'adduction et d'évacuation des
eaux (lavabos, canalisations, citernes comme on le vérifie à Blois
ou à Saint-Jean d'Angers). À ces aspects durables, s'ajoute la
question de l'entretien régulier ou périodique (chaulage des parois
comme à Paris, chaque printemps) et des travaux accidentels : la maintenance
qui peut entraîner des modifications de l'utilisation spatiale.
La
question des aires de circulation, l'attestation et la datation des cours, bornes,
clôtures, ouvertures, peuvent s'avérer capitales afin de percevoir
les changements d'attitude ou la prévention manifeste envers tel groupe
d'hôtes : noble ou commun, passant ou pensionnaire, hommes ou femmes,
vieillards ou enfants, valides ou invalides, lépreux ou aveugles, parturientes,
nouveaux-nés, et, plus rarement, lorsqu'ils ne sont pas abandonnés
à eux-mêmes, malades chroniques et " fous ". À condition
aussi que l'interprétation soit attentive à ne pas confondre la
fondation d'un chancel avec une délimitation discriminatoire !
L'emplacement des cloisonnements, souvent en bois ou mobiles, module les capacités
d'accueil de même que la disposition et la dimension des lits qui ont
fait couler beaucoup d'encre .
À côté ou intégré
à la morphologie du bâti, les parties du décor (peintures
murales, vitraux, enseignes comme à Poissy ou Brie-Comte-Robert, carreaux
de céramique comme à Saint-Nicolas de Bayeux), la statuaire (comme
à Dijon, Beauvais ou Issoudun) offrent des éléments supplémentaires
de datation ; leurs thèmes sont aussi susceptibles de recouvrir
la personnalité des communautés, l'identité et les sentiments
de leurs donateurs avant même de révéler les exutoires culturels
ou spirituels proposés aux corps souffrants. Faut-il rappeler que pour
le malade - mais est-il toujours le premier concerné ? - l'hôpital
ne se visite pas debout mais à l'horizontal, le regard vers le haut,
vers la voûte ou le plafond ? Une grande dispersion et la destruction
des ouvres isolées en rendent l'appréhension concrète aléatoire,
tout comme celle du mobilier plus ordinaire à laquelle pallie fort heureusement
parfois la documentation écrite : couettes ou oreillers dont le
nombre forme un indice précieux corrélé à celui
des pensionnaires, huches ou coffres , armoires, tables, luminaire, vêtements,
matériel ménager et ustensiles multiples, tels que les 1270 balais
inscrits à l'inventaire de l'hôtel-Dieu de Paris en 1430 , cuves
à bain et instruments thérapeutiques. De même rang, les
livres et les archives des communautés hospitalières servent de
supports iconographiques uniques à même de fixer par l'enluminure,
la gravure ou le sceau, une auto-représentation si recherchée
: c'est ce que montre au XVe siècle pour l'hôtel-Dieu de Paris,
le Livre de vie active de Jehan Henri ou, à Orchies (département
du Nord), le sceau de l'hôpital qui fixe le geste médical accompli
au chevet du malade.
Leur attestation est aussi une présomption de
locaux particuliers et parfois de l'exercice incontestable de soins médicaux.
On serait également en droit d'attendre de l'approche archéologique
des précisions sur les diverses activités de survie : lieux et
nature des cultures ou de l'horticulture voisinnes, et par là, paysage
immédiat, consommation alimentaire, déchets, faune.
Restent
les acteurs eux-mêmes, " le mort permettant de saisir le vif ". Alors
que les léproseries, apparues à partir de la seconde moitié
du XIe siècle au moment de l'achèvement du réseau paroissial,
ont tendu vers la pleine autonomie de statut comme communautés religieuses
à part entière, ce qu'entérine le concile de Latran III
en 1179, le cas des autres hôpitaux en diffère largement : leurs
défunts rejoignaient l'enclos ordinaire et bien souvent, par indigence,
la fosse commune. Le personnel ecclésiastique et religieux, quant à
lui, pouvait recevoir le privilège d'être inhumé dans la
chapelle du lieu, voire dans la salle des malades. Cette présence funéraire
est donc à déterminer puis à localiser, le cas échéant
ad sanctos, ou encore par la proximité d'un cimetière limitrophe,
dans un espace éventuellement réservé (et matériellement
circonscrit ?) : tel serait le cas à Saint-Jean d'Angers, par exemple,
jouxtant le cimetière Saint-Laurent. L'examen du parcellaire ancien,
susceptible de montrer une aire cimétériale commune avec d'autres
établissements religieux, ou compris dans leur mouvance seigneuriale
ou patronale, peut alors suggérer l'initiative d'un transfert ou d'un
partage foncier, voire l'origine d'une communauté hospitalière
bientôt concurrente après avoir acquis son autonomie, au point
d'engendrer des conflits relatifs aux droits ecclésiastiques de chacun.
Des dalles funéraires gravées, comme dans les léproseries
de Dijon ou de Meaux , transmettent l'identité et l'image de leurs membres,
maîtres ou lépreux, leur mise vestimentaire. Hormis les caractéristiques
d'inhumation, la répartition des individus et la chronologie d'occupation,
forment, dans les conditions optimales, l'essentiel de l'information, encore
trop rarement ou partiellement exploitée, longtemps gaspillée
: les vestiges osseux dont l'analyse anthropologique est évidemment capitale
à la paléodémographie et à la paléopathologie.
Capitale aussi à une plus juste appréciation des niveaux effectifs
de diagnostic et donc à la validation des savoirs médicaux anciens
comme à la vérification des pratiques thérapeutiques :
des usages médicaux réévalués par les enquêtes
en cours et dont l'enregistrement écrit n'est pas plus fréquent
que celui des modalités de construction à commencer par les gens
de métier convoqués.
Nombreuses, les perspectives de recherche, souvent entrecroisées, révèlent la frustration contenue des historiens, la somme des interrogations en suspens, que seule une programmation raisonnée des sites à étudier et le regroupement plus systématique des résultats d'enquête permettront de lever. Encore et toujours : quelles réponses la succession des sociétés durant un millénaire décisif a-t-elle données aux corps souffrants ? Du virtuel au concret, la confrontation des approches et les échanges de vue effectués à l'Université de Paris XII en octobre 1999 témoignent, au-delà des promesses, d'une volonté de mieux comprendre.
Introduction
François-Olivier TOUAT
Problèmes d'histoire,
d'architecture et d'archéologie hospitalières dans l'Europe médiévale,
page 7
Accueillir
Catherine THIRARD
Les structures d'accueil des laïcs
dans les monastères paléochrétiens du Proche-Orient (IVe-VIlle
siècles), 27
Denise PÉRICARD-MÉA
L'architecture des
hôpitaux de pèlerinage au Moyen Âge, 35
Mark GUILLON, Vincent GRÉGOIRE, Damien JEANNE
Une
léproserie et ses morts: Putot-en-Bessin (XIIIqcvne siècles) ,.45
François BLARY et Denis BOUGAULT
Étude
archéologique et paléopathologique de la maladrerie de Château-Thierry,
103
Construire
Pascal JOYEUX et Olivier RUFFIEUX
L'hôtel-Dieu
de Blois: évolution des édifices.,. 137
Stéphane RÉVILLON
L'architecture hospitalière
en milieu rural dans le Nord de la France du XIIIe au XVIe siècl: l'exemple
de l'hôpital Notre-Dame de Seclin, 151
Claire MABIRE LA CAILLE
Les établissements hospitaliers
de Melun au Moyen Âge, 169
Alain GIRARD
Les origines du plan de la Salle des pauvres
de l'hôpital de Pont-Saint-Esprit, 187
Nicole BROCARD
L'hôpital du Saint-Sépulcre
de Salins (Jura) au XVe siècle : locaux et conception de l'assistance,
201
Pierre JUGIE et Didier SÉCULA
L'Hôtel-Dieu
de Beaune revisité, 231
Répartir
Maria de Lurdes ROSA
Lieux de l'assistance médiévale
et architecture médiévale hospitalière au Portugal, 259
Daniel LE BLÉVEC
Problèmes de topographie
hospitalière dans le Midi de la France, 295
Claude COLLU
Urbanisme et cadres d'assistance à
Montauban (XIIIe-XVIe siècles), 305
Damien JEANNE
Les léproseries du diocèse
de Bayeux du XIe siècle à la fin du XIVe siècle: essai
d'inventaire archéologique et architectural, 325
François-Olivier TOUATI
De l'infirmerie monastique
à l'hôpital moderne : lieux, édifices et formes de l'assistance
dans la France de l'Ouest et du Centre, 391