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Arthur Mitzman, Michelet ou la subversion du passé. Quatre leçons au Collège de France

format 14x22 cm, 214 pages, ISBN 2-910828-13-1, 120 francs français, 18.30 euros
© Boutique de l'Histoire éditions 1999
Collection Histoire de l'histoire dirigée par Bertrand Müller et Peter Schöttler

Table des matières

Préface de Michelle Perrot

Introduction

Index

L'histoire n'a jamais été pour Michelet ni un jeu, ni une discipline qui se limite à établir la vérité sur le passé. L'histoire fut pour lui une manière de regarder le monde contemporain qui, en dévoilant la puissance du passé sur le présent, détruit, abolit, subvertit le passé comme catégorie temporelle fermée.

Cette idée de Michelet n'est pas étrange dans notre monde post-moderne puisque ce qui nous en rapproche tient précisément dans la parenté entre sa vision pré-positiviste et la nôtre, post-positiviste. A l'inverse du positivisme, Michelet refusait de considérer le passé comme une catégorie fermée, une chose morte, que les historiens peuvent disséquer scientifiquement comme on dissèque un cadavre.

À cet engagement historique se liait - et c'est un autre aspect de la " subversion du passé " - un engagement dans son époque, la conscience que passé et présent sont inséparables et que le travail dit " scientifique " dépend toujours des valeurs et des engagements du savant.

Mais il se pourrait aussi que la plus importante subversion du passé chez Michelet, ait été celle de son propre passé, en changeant fondamentalement sa conception de la nature et de la femme après 1840.

 

Les recherches d'Arthur Mitzman se situent à l'intersection de l'histoire des idées et de l'histoire sociale. Il est l'auteur de livres et d'articles sur l'histoire de la sociologie allemande, comme The Iron Cage. An Historical Interpretation of Max Weber (Knopf, 1970) et sur la culture française du XIXe siècle (Michelet, Historian, Yale U.P., 1990). Il contribue, sous la direction de Louis Le Guillou, à l'édition de la Correspondance Générale de Jules Michelet. De nationalité néerlandaise et américaine, Arthur Mitzman a enseigné à l'Université d'Amsterdam de 1971 à 1997. Ce livre reprend les quatre leçons qu'il prononça au Collège de France en 1998.

 

 

Table des matières

PREMIÈRE LEÇON

La légende autobiographique de Michelet

Comment faire carrière sous la Restauration et au début de la monarchie de Juillet

Biographie et itinéraire intellectuel, questions de méthode

Les relations de Michelet au mouvement et à l'idée doctrinaires

Philosophie et politique dans l'Introduction à l'histoire universelle

La femme et la nature chez le jeune Michelet

DEUXIÈME LEÇON

Renversement des valeurs

La conversion au romantisme social des années 1840, éléments historiques, biographiques et idéologiques

Le profil politique de Michelet dans les années 1830

La vie intime, la nature et la femme

Genèse de l'idée de peuple chez Michelet
1. Vers la lutte anticléricale

2. 1845. Dialectique d'une réception

Critique de la société française dans Le Peuple

TROISIÈME LEÇON

Michelet et la révolution romantique

" Peuple " et " Révolution française " en contexte

Sur le salut par l'amour, la nature et la patrie dans Le Peuple

L'Histoire de la Révolution française

1. 1846-47 : de la culpabilité et de la nouvelle religion

2. De la Deuxième République au Second Empire révolution classique, révolution romantique

QUATRIÈME LEÇON

Michelet à la fin du xxe siècle

Lumière et lumières

Le problème de l'anachronisme : Jeanne, l'antisémitisme, le nationalisme

La réception de Michelet : histoire et politique

Critique de la logique industrielle : un nouveau regard sur l'affranchissement par l'amour, la nature et la patrie

Bibliographie

Index

 

Préface

par Michelle Perrot

Fêtant à sa manière le deux centième anniversaire de Michelet (1798-1874), qui fut un de ses plus grands professeurs, le Collège de France a eu l'heureuse idée de convier Arthur Mitzman à délivrer les quatre " leçons " qui forment la matière de ce livre.

Né aux États-Unis, professeur de 1971 à 1997 à l'Université d'Amsterdam, où il enseigne l'histoire intellectuelle et culturelle de l'Europe depuis la Révolution française, Arthur Mitzman a profondément renouvelé ce domaine par une démarche pluridisciplinaire, weberienne et freudienne à la fois. Après un premier livre sur Max Weber (1970), il avait projeté de comparer deux générations d'intellectuels : celle de 1800 et celle de 1820. Michelet, Hugo, Berlioz (nés entre 1798 et 1802) formaient la trilogie de la première ; Gustave Flaubert et Gustave Moreau, le duo élu de la seconde. Mais Michelet a pris Arthur Mitzman dans les rets de son talent de conteur ; il n'en est plus sorti. Il est devenu, à la suite du monumental Paul Viallaneix, aux côtés d'Éric Fauquet et de bien d'autres, un éminent spécialiste du grand homme, notamment par la publication en 1990 de Michelet, Historian, malheureusement non traduit en français, mais qui nourrit les leçons et, donc, le présent livre.

Michelet a séduit Arthur Mitzman de plusieurs façons. D'abord par sa prolixité intime, captivante pour un chercheur en quête de sujet autant que d'auteur. Les sources privées sont abondantes, précises ou allusives, circonstanciées ou rêveuses, toujours suggestives des actions et des sentiments. Notes sur les livres en cours, journaux, intimes autant qu'intellectuels, récits de voyages que Michelet aimait tant, correspondances de toute nature permettent de suivre la genèse d'une ouvre plus qu'aucune autre mêlée à la vie, façonnée par l'existence du cour et du corps. Amoureuses, amicales, les lettres montrent, entre autres, l'ascendant que Michelet exerçait sur les plus jeunes, les affinités électives dont il était le centre incandescent et capricieux. Le petit groupe des disciples normands, surtout le duo Alfred Dumesnil, qui épousa sa fille Adèle, et Eugène Noël, a été spécialement productif. Arthur Mitzman a passé de longues heures à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris à lire la correspondance des deux protagonistes, qu'il envisage de publier, car elle constitue un témoignage exceptionnel sur une amitié masculine à l'époque romantique et, au-delà, sur la sociabilité, les pratiques culturelles, les aspirations de la jeunesse provinciale à cette époque, tout autant que sur le charisme du professeur, astre de leur constellation.

Seconde raison d'intérêt : la place singulière de Michelet, qui inaugure ce type unique de grand professeur, héritier des clercs et des tribuns de la Révolution, modèle du " saint laïque " qui s'épuise à la tâche - " jamais, depuis trente ans, je n'ai pris de repos ", dit-il à ses étudiants le 11 juin 1848 en s'excusant de les quitter -, dont l'enseignement est aussi mission, dénonciation, prophétie et qui préfigure l'écrivain qu'on visite et l'intellectuel qui " s'engage ". Bouillon de culture du romantisme, le cours de Michelet, banc d'essai, laboratoire de son ouvre, est un lieu où se construit la mémoire de la Révolution, cette révolution non terminée, dont l'intelligence est nécessaire à la poursuite et son récit à l'achèvement. Michelet est représentatif de cette génération de l'entre-deux, héritière de la Révolution et porteuse de la République et sa vie recouvre très exactement ce parcours, quasiment d'une république à l'autre, avec le point culminant de la seconde, si dramatique. À travers Michelet, à la fois témoin et acteur, produit et artisan de son temps, on perçoit le rôle du patrimoine dans l'édification de la Nation. Voilà bien de quoi fasciner un universitaire soucieux du présent.

Troisième raison, enfin, et non la moindre : la manière dont justement Michelet écrit l'histoire, dans une double et constante tension : entre passé et présent, entre subjectivité et altérité. Et cette double expérience de l'écriture historienne a séduit Arthur Mitzman, admirateur de Croce et des Annales (Bloch et Febvre qu'il ne sépare pas), et convaincu de la fécondité heuristique de la psychanalyse dès lors qu'il s'agit de biographie.

Au croisement de ces deux diagonales, Michelet est un sujet de choix. Pour lui, comme pour Croce, " il n'est d'histoire que contemporaine ". " Mais qu'est-ce que le présent ? ", s'interroge-t-il en 1843. " Est-il si facile d'en isoler le passé ? Nul temps n'est hors de la science. " Sa quête n'est jamais gratuite, mais toujours aiguillonnée par le souci constant de comprendre la France, ce précipité de temps social et politique, ce condensé, cette cristallisation d'événements. Qu'il s'agisse des paysans, des artisans du Moyen âge, dont lui-même se sent si proche, des vicissitudes royales ou des drames de la Terreur, le passé a laissé plus que des traces, des sédiments qui, peu à peu, dans une perpétuelle fusion dont il faudrait comprendre l'alchimie, ont façonné la personnalité française. Repérer les événements, les lieux, les individus - hommes et femmes -, les groupes (et il y a chez Michelet une volonté très neuve d'histoire sociale), producteurs de la Nation : tel est l'objet de son enquête, plongée dans les archives auxquelles par fonction il a un accès privilégié, et la mémoire vivante, sollicitée ou saisie dans les conversations populaires ou les propos de rues. Pour Michelet, l'histoire a un sens. Elle est accomplissement d'un progrès promis par les Lumières, dont les révolutionnaires ont été les accoucheurs, mais toujours menacé par l'obscurantisme des prêtres (les Jésuites par exemple ou les confesseurs des femmes dévotes) et des tyrans. Il y a les " leçons " de l'histoire, propres a stimuler les énergies du Peuple et de la Jeunesse, porteurs de la fraternité en marche. L'historien déconstruit les mythes et construit un récit qui constitue un lien et parfois une arme. La lutte contre l'oubli, forme subtile de la dénégation, est son labeur. Pour Arthur Mitzman, qui partage ce souci de présence au monde, d'action dans l'actualité, cet " engagement " de l'historien est une raison de s'y attacher.

Dans le propos de Michelet historien, aucun triomphalisme, aucun vouloir de totalité positiviste ou de prétention panoptique d'un observateur extérieur et surplombant le panorama des événements. Plutôt, par l'insertion dans la mêlée des êtres et des choses, par l'intrusion dans l'ordinaire des jours, détaillés comme une chronique, imaginés parfois, le désir de saisir l'intrigue de l'intérieur ; une ambition de subjectivité que l'auteur assume (pleinement ? est-ce si conscient ?) trouvant dans son expérience personnelle, intellectuelle, affective, amoureuse, sexuelle, un instrument de compréhension et le rythme de sa création. Et c'est peut-être ce qui, par dessus tout, a retenu Arthur Mitzman, désireux d'allonger Michelet sur le divan.

Il faut dire qu'il s'y laisse aisément coucher. Pour un biographe, Michelet, c'est pain béni. Il fut un diariste régulier, attentif à conserver les traces de ses sentiments et de ses actions, voire de ses digestions, et un infatigable épistolier. Il parle, beaucoup, de lui et de ses états d'âme et de corps. Son ouvre est en symbiose avec son existence. Il n'y a pas chez lui la vie et l'ouvre : l'ouvre est constamment dans la vie ; elles sont inséparables, et c'est ce lien intime que scrute avec bonheur Arthur Mitzman, prolongeant ici les recherches menées pour Michelet, Historian. Particulièrement décisives, les morts, celles des femmes surtout : la mère en 1814 ; Pauline, la première épouse, en 1839 ; Madame Dumesnil, la mère et l'amante, dont les derniers instants lui sont interdits par les religieuses, en 1842 ; Lazare, enfin, le fils unique conçu avec Athénaïs, en 1850. Ces disparitions délivrent d'une certaine manière l'auteur qui, après elles, tente de vivre autrement. Elles sont autant de ruptures qui préludent à des " renaissances " de cet être infatigable. Quatre d'entre elles scandent ce livre, armatures des quatre leçons. Elles jalonnent, notamment, sa quête de La femme, de la compagne idéale, à la fois épouse, amante et mère, charnellement et spirituellement proche : grande affaire d'un homme qui voyait dans la différence des sexes le principe organisateur de sa vie, de la société et même de l'histoire, et, par conséquent, l'utilisait comme une catégorie explicative du récit historique.

La figure de la Mère, bonne ou mauvaise, le ventre fécond, le sein, le lait nourricier sont autant de métaphores du discours politique. Michelet interprète l'histoire comme une intrigue familiale dont l'équilibre dépend de celui des deux sexes, de leur conformité à leur rôle naturel. Les femmes surtout le hantent en l'occurrence. Leur éducation civique et morale constitue un objectif pédagogique majeur à ses yeux. Par sa propre expérience, Michelet fut frappé et heurté par l'emprise des prêtres sur les femmes : ils lui ont fermé la porte de la chambre mortuaire de Madame Dumesnil ; Athénaïs a voulu faire baptiser leur bébé moribond, en dépit de l'hostilité du père, qui cependant s'incline devant le " droit maternel " sur la petite enfance ; tout comme Danton, son héros préféré, avait dû pareillement abdiquer devant l'exigence de sa jeune femme, désireuse d'un mariage religieux, béni par un prêtre non jureur, et assorti d'une confession. Cette corruption contre-révolutionnaire féminine, seule l'éducation peut la combattre. Il y consacre son cours de 1850, comme un testament avant sa révocation prochaine (mars 1851).

Au vrai, autant que la psychanalyse, l'analyse historique en termes de " genre " serait, me semble-t-il, efficace pour ce type de lecture. Le rapport de Michelet aux femmes et à la féminité sous toutes ses formes s'explique sans doute tout autant par le contexte culturel qui le définit que par une relation odipienne à la mère. Quel que soit le caractère d'invariant de cette dernière, c'est son historicité qui nous intéresse ici. Arthur Mitzman n'est d'ailleurs pas en reste à cet égard. Il montre ou suggère la richesse des affrontements culturels et politiques, la force des représentations et des symboles par lesquels se construisent sous les pas de Michelet et sous nos yeux la nation et la république en marche.

Mais jamais il ne perd de vue le parcours biographique qu'il a choisi comme fil d'Ariane. Il traque l'individu Michelet aux prises avec son quotidien imbriqué dans la société et les événements et s'y frayant son chemin, s'y forgeant sa pensée, y construisant son ouvre. Une ouvre articulée au temps existentiel et collectif jusque dans les moindres détails. Une ouvre profondément insérée dans la conjoncture qu'elle contribue à transformer par un jeu subtil d'interactions.

Ainsi les quatre leçons d'Arthur Mitzman parlent de Pauline, la délaissée - " Que de longs dimanches je la laissai seule " -, d'Athénaïs la tant désirée, des " fils ", Alfred et Noël, plus vrais que le réel, Charles, que cela rendait fou, de la cellule familiale et du cour de Michelet, autant que de la religion qu'il tissait, ou du culte de Jeanne d'Arc, qu'il revendiquait pour la République, comme Armand Barbès qui, à peu près au même moment, incitait Georges Sand (qui n'en fit rien) à écrire une épopée sur notre héroïne nationale.

La quatrième leçon évoque la dimension de l'héritage, de l'amour et du désamour, la diversité des interprétations de Michelet auquel Lucien Febvre consacra des cours - Michelet et la Renaissance - en pleine Occupation, ce qui ne manque ni de sel ni de panache.

Arthur Mitzman souligne enfin les raisons de la modernité de Michelet - l'historien Michelet - aujourd'hui.

" Affirmer le lien entre la recherche en histoire et nos responsabilités envers nos semblables, insister sur cette subversion du passé, est aussi une manière d'honorer la mémoire de Michelet ", conclut l'auteur.

Dirait-il, comme Dumesnil, parlant du Maître au printemps 1848 : " Il n'a jamais été aussi beau " ? Nous le dirons pour lui.

Michelle Perrot

 

 

Introduction

 

Depuis la mort de Jules Michelet en 1874, les jugements des historiens sur sa signification sont partagés. Quelques-uns le célèbrent comme l'ancêtre de l'histoire des mentalités et comme un prophète romantique de la société démocratique. D'autres le vilipendent comme fanatiquement nationaliste, crûment subjectif, et comme obsédé par une " haine satanique du christianisme ".

Pour moi, Michelet est d'abord un penseur subversif, qui bouleverse les idées reçues de son temps sur le passé. Il subvertit l'idée du passé parce qu'il abat la cloison entre passé et présent, montrant presque un siècle avant Benedetto Croce que toute histoire est histoire contemporaine. Sans abandonner son érudition savante et sa compréhension des grands mouvements de l'histoire, il témoigne d'une rare capacité de s'immerger dans le passé et de se mettre dans la peau de son sujet. Il s'identifie en même temps aux meneurs de la première commune de Paris, qu'il admire, au tribun Danton, qu'il aime, et au tyran Robespierre, qu'il déteste. Il est l'ange blanc du Club des Cordeliers, le révolutionnaire antiterroriste qui, égaré dans le XIXe siècle contre-révolutionnaire, continue à croire en la fraternité universelle. Il subvertit le poids de l'histoire en ce que, brandissant le drapeau de la liberté humaine, il nie toute fatalité du passé.

Enfin Michelet se libère de son propre passé, se transformant plus qu'il ne veut l'admettre, pour faire face aux défis de son temps et de sa propre vie. Dans les quinze années qui suivent la Révolution de Juillet, Michelet change de cap deux fois. Protégé du juste milieu doctrinaire jusqu'à la fin de 1830, il devient en 1831, par son Introduction à l'histoire universelle, un théoricien original du libéralisme prométhéen. Dans les années quarante, il se transforme d'une manière plus radicale, en tribun romantique, en Orphée qui chante la femme, la nature, et les faits et gestes du peuple.

J'étudie Michelet, j'écris sur lui, parce que je suis convaincu qu'un examen serré de ses subversions et de ses métamorphoses nous aidera à comprendre les mouvements de la pensée et les mentalités des élites françaises du xixe siècle.

Ceci ne va pas de soi. Beaucoup d'historiens ont de graves doutes sur la valeur scientifique d'une étude biographique. Bien sûr, le public s'intéresse surtout aux actes et aux idées des hommes et des femmes importants. Mais pour la corporation des historiens l'étude d'un seul individu, même s'il s'agit d'un ancêtre admiré, est depuis longtemps considérée comme rétrograde. On y flaire une vénération des grands hommes, méthodologiquement suspecte aux yeux des historiens conscients des enjeux sociaux et économiques du devenir humain. Dans l'historiographie conservatrice de la Troisième République, royaliste et catholique ou bien positiviste, le passé était étudié pour ses aspects politiques, et la politique était perçue comme le chantier des grands architectes de l'histoire. En rejetant cette approche, les historiens érigeaient du même coup un mur de mépris face aux démarches biographiques.

Si nous n'en sommes plus tout à fait là aujourd'hui, le tournant n'est pas le résultat d'un mouvement réactionnaire. Les orientations historiques ont changé en raison d'un scepticisme croissant quant à l'approche structurelle et anti-individuelle des sciences de l'homme - approche qui dominait l'histoire à l'époque de Fernand Braudel et la littérature au temps de Roland Barthes et Lucien Goldmann. Sans doute y avait-il un rapport entre le déclin du structuralisme et des phénomènes hors du royaume des idées, ressortant d'une part du domaine de la pratique politique et, de l'autre, de la sphère des mentalités. L'effondrement de l'entreprise structuraliste a coïncidé avec l'écroulement du régime soviétique et avec la déchéance des idéaux collectivistes. Mais le changement des mentalités a été également important : l'émergence, dès les années soixante, d'un nouvel individualisme qui, ayant eu des effets aussi divers que la libéralisation des mours dans la sphère privée et le durcissement d'un " chacun pour soi " dans le monde des affaires, imprégnait, par la voie du post-modernisme, les valeurs et les méthodes des intellectuels.

Cependant, l'intérêt pour l'existence individuelle reste sous-développé parmi les historiens en France, qui, le plus souvent, soupçonnent l'approche biographique de dilettantisme. Une raison de ce manque d'intérêt réside dans le fait que depuis longtemps, les historiens français ont abandonné l'histoire intellectuelle et culturelle aux littéraires ou aux philosophes. En général, les plus distingués parmi eux n'ont analysé des individus que dans le contexte des grandes écoles littéraires ou philosophiques. Sur Jules Michelet, il existe une littérature scientifique, mais, à l'exception des anciens livres des historiens Gabriel Monod et Lucien Febvre, écrits dans la première moitié de ce siècle, les études Micheletistes sont, elles-aussi, le terrain des spécialistes de la littérature française. Ceux-ci ont consulté attentivement les textes et les archives, mais leurs travaux ne relèvent pas l'importance du contexte historique pour la compréhension de Michelet.

Pour d'autres personnages historiques, il existe bien sûr quelques livres en dehors du champ littéraire qui étudient leurs idées, actions, influences et milieux historiques. Je pense au Saint Louis de Jacques Le Goff, au Fustel de Coulanges de François Hartog et au Guizot de Pierre Rosanvallon. Mais il est à noter que ces études ont été écrites respectivement par un médiéviste, un historien de l'antiquité et un politologue, et non pas par des historiens du monde moderne ou contemporain. Remarquons également que l'examen systématique de la vie intime d'un sujet dans son contexte historique a été esquivé par les savants. Pour quelques-uns, la vie personnelle d'un individu ne peut jamais être étudiée scientifiquement et ne contient rien qui importe à l'histoire. À leur avis, les biographies qui traitent de la vie intime ne peuvent être que des " vies romancées " écrites pour des motifs de prestige ou d'argent. D'autres disent que seuls les psychologues ou les psychanalystes professionnels sont équipés pour un tel travail, ou, au contraire, que tout emploi dans l'étude du passé de théories psychologiques est vicié d'avance par l'anachronisme. En tout cas, dit-on, mettre l'accent sur la vie d'un seul homme entraîne souvent le risque de vouloir expliquer toute l'histoire par les actions et les personnalités des grands hommes : le nazisme par les méfaits de Hitler, le communisme par la personnalité de Staline.

Cependant, s'il ne manque pas de biographies historiques qui donnent raison à cette thèse, il existe aussi des contre-exemples importants, étudiant surtout la vie des intellectuels et des artistes. Je pense notamment aux trois volumes de Jean-Paul Sartre sur le jeune Flaubert. Malgré la logorrhée de l'auteur et sa connaissance défectueuse de l'histoire sociale, L'idiot de la famille reste, par sa géniale totalisation des idées de Freud, Marx et Lukacs, un éclairage exemplaire d'une vie individuelle. C'est un effort réussi de rendre visible les liens complexes entre les sources personnelles et sociales de la créativité de l'auteur, c'est-à-dire une étude où les expériences privées et le contexte historique sont intégrés de façon heureuse. Aux États-Unis, de telles études sont proposées par l'école psycho-historique. Celle-ci comprend des psychanalystes de la culture comme Erik Erikson, mais aussi des historiens distingués comme Carl Schorske et Peter Gay, qui, en interrogeant l'histoire culturelle et intellectuelle de l'Europe du xixe et du xxe siècles, montrent des liens comparables à ceux révélés par Sartre.

Néanmoins, le nouvel individualisme qu'on perçoit en France dans les études sur la culture historique du xixe siècle, même s'il a négligé de relier la vie intime d'un individu à l'histoire culturelle et intellectuelle, n'est pas dépourvu de résultats. Dans l'histoire des idées, cette perspective individualiste a accompagné et soutenu la mise en question des valeurs et des acquis de l'après-guerre : notamment les institutions de l'État-providence. Un des rares ouvrages non-littéraires consacrés à un seul individu, le livre de Pierre Rosanvallon sur François Guizot - figure importante dans la carrière du jeune Michelet - est exemplaire de cette interrogation des valeurs contemporaines. Constatant la fin d'un développement républicain qui a amené la France et l'Europe à l'État-providence, Rosanvallon choisit Guizot et le mouvement doctrinaire comme point de départ d'une étude des valeurs du mouvement républicain au xixe siècle. Théoricien et chef politique des doctrinaires, Guizot est central pour Rosanvallon parce que c'est lui qui représente le mieux la pensée et la politique de la monarchie censitaire. Un Adolphe Thiers, qui partageait avec Guizot la prééminence politique et intellectuelle du juste milieu, était moins rigoureux, prêt à faire des compromis avec la démocratie conservatrice de la Deuxième et de la Troisième République.

Rosanvallon témoigne d'une ambivalence fascinante dans son traitement du chef des doctrinaires. Il fixe en partie son regard sur l'histoire d'un échec : la raison politique défendue par Guizot comme justification du règne d'une puissante élite bourgeoise était aussi insuffisante que toutes les autres " raisons historiques " dont les effets ruineux assombrissent l'histoire de ces deux derniers siècles. Le retour, en 1848, du démon de la révolution démocratique, que les doctrinaires croyaient avoir exorcisé en soutenant la monarchie constitutionnelle, rendait caduque leur notion d'une politique rationnelle. Sur un plan plus neutre, Rosanvallon montre une vraie curiosité pour les racines du système de pensée qui, bien que dissimulé, était à la base de la démocratie conservatrice tout autant que radicale de la Troisième République. Vers la fin de son livre, Rosanvallon observe que derrière l'écran des idées positivistes et scientistes des pères de la Troisième République se cachait l'inavouable idéologie doctrinaire qui a légitimé pour la première fois un gouvernement des " capacités ". Son admiration pour le " Lénine de la bourgeoisie ", celui qui pendant la Restauration a compris mieux que tout autre " la nécessité [de faire du libéralisme] une culture du gouvernement [sic] ", est à peine voilée. On peut se demander si pour Rosanvallon, si fin connaisseur des arts politiques, la vraie comparaison, implicite et admirative, n'était pas plutôt avec François Mitterrand, qui a éduqué son parti précisément réfractaire à une telle " culture du gouvernement ". En tout cas, la conviction de l'auteur que la démocratie sociale était en crise mortelle fait comprendre sa volonté de scruter les bases du gouvernement des élites de la monarchie de Juillet.

Le livre de Rosanvallon a maintenant treize ans et les perspectives sociales et politiques de 1998 ne sont plus celles de 1985. La crise de cette fin de siècle, bien pressentie par Rosanvallon, s'est entre-temps précisée ; les problèmes de l'État-providence se sont multipliés. Étant donné l'impuissance de l'État face au chômage, face à la marginalisation, face à l'exclusion et face au désespoir des jeunes, la nouvelle question sociale a déjà fait tomber tant le gouvernement socialiste de François Mitterrand que celui de son successeur gaulliste. Quoiqu'il en soit, les enjeux idéologiques, écologiques et moraux de cette crise, aussi bien à l'échelle européenne et mondiale qu'hexagonale, sont aujourd'hui beaucoup plus clairs qu'en 1985. Ceci donne une autre orientation à nos recherches sur le xixe siècle et justifie tout particulièrement le choix d'étudier Jules Michelet.

De fait, notre époque a plus besoin de l'audace intellectuelle d'un Michelet que de la prudence doctrinaire d'un Guizot. Par delà ses interrogations sur les mobiles et les buts de la Révolution française, Michelet nous incite à réfléchir sur la signification de la mémoire collective, sur l'histoire comme " résurrection " (nous dirons : construction) du passé et sur l'importance historique de la culture populaire. À la frontière entre l'histoire et la philosophie, il a démêlé les rapports complexes entre la Raison et la nature, et entre l'esprit prométhéen déchaîné et les instincts de la fraternité. Il a insisté sur l'importance, pour l'avenir du genre humain, de franchir les barrières entre le Même et l'Autre. En bref, Michelet, comme Guizot, devenait emblématique d'un courant idéologique, mais un courant qui se profilait globalement comme l'adversaire du juste milieu de Guizot et ses amis : celui du romantisme social de la monarchie de Juillet.

Cela est d'autant plus intéressant que le rôle de Michelet comme prophète du peuple et du romantisme social ne s'est développé que tardivement dans sa carrière. Au cours des quarante premières années de sa vie, il apparaît plutôt comme un bon disciple de Guizot, Cousin et Thiers et un fidèle serviteur des Maisons de Bourbon et d'Orléans. Néanmoins une interrogation plus serrée des contextes idéologiques et privés de sa carrière montrera que cette apparence était en partie illusoire. Pour faire comprendre ma démarche dans cette entreprise, je voudrais indiquer quelques approches qui peuvent établir un rapport entre la vie intime de Michelet et son développement intellectuel.

La plupart des études sur Michelet ont relevé l'importance de certaines amitiés et contacts pour le développement de ses idées. Pour mesurer l'influence de ses relations affectives, il faut discerner trois sortes de rapports masculins qui ont compté pour lui. Il y avait d'abord les amitiés latérales, celles avec Edgar Quinet, Paul Poinsot et Hector Poret. Greffées sur les cultures juvéniles étudiées par les anthropologues, elles étaient caractérisées par des liens affectifs étroits tels qu'ils s'en tissent entre adolescents. Deuxièmement, Michelet nous laisse lui-même entrevoir ses sentiments d'estime et d'émulation pour des personnes plus âgées comme Robert Félicité de Lamennais ou Benjamin Constant. Fondés sur les relations parentales, ces rapports verticaux à un " Moi Idéal ", sont définis par le psychanalyste Daniel Lagache comme " des admirations passionnées pour de grands personnages de l'histoire ou de la vie contemporaine, que caractérisent leur indépendance, leur orgueil, leur ascendant ". Il y a enfin, plus tard dans sa vie, les relations avec ceux pour lesquels Michelet fut lui-même un Moi Idéal, ses élèves, et puis ses jeunes amis et disciples : Alfred Dumesnil, Eugène Noel, Armand Lévy, Charles-Louis Chassin, les communards Gustave Flourens et Jules Vallès, etc. À des moments différents de sa vie, ces trois sortes de relations masculines ont accompagné et stimulé son développement intellectuel. Également importants, mais d'une façon autre, ont été ses rapports avec les femmes. En général, Michelet avait de grandes difficultés à regarder les femmes qui lui paraissaient importantes, autrement que comme des mères ou des filles. Je reviendrai sur ce sujet.

Dans ce contexte, il faut relever le caractère dialogique ou même polyphonique (dans le sens de Bakhtine) de ses écrits. Des relations de nature différente se traduisent par plusieurs discours dans les livres de Michelet dont chacun a des interlocuteurs particuliers : il y a un texte explicite de récits, d'interprétations et d'idées historiques, dont les destinataires étaient le large public que Michelet voulait éduquer. À l'intérieur de ce texte, on trouve un sous-texte de valeurs idéologiques lié à des mentalités qu'il partageait avec des familles de pensée et des groupes sociaux spécifiques. En plus, Michelet laisse parfois entrevoir un agenda politique, en étroit rapport avec les événements contemporains. Enfin on discerne un discours intime, révélateur quelquefois des motivations profondes qui sous-tendent ses valeurs et son agenda politique.

L'étude présente montrera que la vie intime de Michelet, dans ses diverses transformations, a contribué puissamment à la création de ses positions philosophiques, idéologiques et politiques. Ce vécu personnel s'enchevêtre sans cesse avec les circonstances de la vie politique et intellectuelle du moment. Pour comprendre les rapports entre la vie privée et les engagements successifs de Michelet entre 1830 et 1854, je reprends sa propre notion de " renaissances " successives de sa personnalité et de ses idées. Sa personnalité s'est forgée dans les dures conditions familiales de son enfance et par les perspectives d'une carrière universitaire sous la Restauration et la monarchie de Juillet. Cette personnalité se transformera dans les années suivant son élection au Collège de France en 1838, le couronnement de sa carrière. Sa vie intime est ébranlée autour de 1840 par la mort de sa femme Pauline d'abord, puis par la rencontre de Madame Dumesnil, qui devient son amie, mais qui meurt d'un cancer en 1842.

La personnalité de Michelet s'adoucit par ces expériences. Il cherche son identité intellectuelle dans les idées scientifiques et religieuses de l'ère romantique, comme celles d'Eugène Burnouf sur la religion indienne ou d'Étienne Geoffroy Saint-Hilaire sur la filiation de toutes choses vivantes, des idées qui le consolent pendant l'agonie de son amie. Cette renaissance personnelle s'exprime dans son cours d'avril-mai 1842, dans lequel Michelet avance des idées hétérodoxes sur la maternité de Dieu et sur le troisième âge du Saint Esprit, qui suivra celui du fils de Dieu. Ce sont de telles idées que les gardiens de la foi catholique condamnent avec une virulence inattendue dans leur attaque contre " le monopole universitaire ".

La troisième incarnation de Michelet prend forme dans sa riposte anticléricale, par laquelle il gagne une notoriété européenne, riposte donnée par son cours sur les Jésuites (1843) et par son livre Du prêtre, de la femme et de la famille (1845). Cette attaque frontale provoque des réactions très mélangées - violentes du côté du juste milieu et du clergé, encourageantes et bienveillantes du côté de l'opposition socio-romantique et républicaine. Michelet, abandonné par ses amis doctrinaires du gouvernement, en est transformé idéologiquement.

Ceci explique une quatrième incarnation. Michelet, devenu un adversaire passionné des injustices sociales et religieuses de la société bourgeoise, écrit Le Peuple en 1845 pour libérer sa nation de l'asservissement et de la haine, et s'engage, pendant les sept ans qui suivent, à écrire son Histoire de la Révolution française. Là il montrera comment, malgré les catastrophes de la Terreur et les défaillances du Jacobinisme autoritaire, sont apparus les germes de la révolution religieuse et sociale - ce qu'il appelle aussi la révolution romantique - du xixe siècle. On y repère le quarante-huitard Michelet.

C'est au cours de ces engagements que couve la plus importante de ses renaissances. Préparée par ses valeurs adoucies, " féminisées ", qui ont sous-entendu sa deuxième incarnation, elle est provoquée par la Révolution de février, par l'insurrection de juin et, dans sa vie intime, par son nouvel amour pour Athénaïs Mialaret. On en trouve les premiers signes dans son enseignement de 1849, où Michelet annonce une nouvelle religion humanitaire. Dans ses cours prononcés pendant la Deuxième République et dans ses neuf livres populaires qui se succèdent entre 1855 et 1869, Michelet prend à son compte des idées romantiques sur la nature, sur la religion et la culture populaire, sur la femme, et sur l'enfant. C'est dire qu'il appréciait et défendait toutes les personnifications de cet " Autre " que l'idéologie libérale du xixe siècle voulait dominer et réprimer au nom de la raison mâle et bourgeoise.

Je simplifie ici un développement dont la complexité apparaît au cours de ce livre. Dans la première leçon, je traiterai de la position idéologique de Michelet autour de 1830 et je retracerai le rapport contradictoire de Michelet à la cause doctrinaire au début de sa carrière. Dans la deuxième leçon, je démêlerai les mobiles et les caractéristiques de sa rupture avec le juste milieu pendant les années 1840 et de sa conversion tardive au romantisme social. Dans les deux dernières leçons, on verra comment le prophète qu'était devenu Michelet en 1846 (Le Peuple) s'est manifesté pendant la Deuxième République et le Second Empire et comment la signification de l'ouvre de Michelet n'est pas séparable de son retentissement idéologique et politique. L'ouvre de Michelet est bien de son temps, et du nôtre.

 

 

Index

Abensour, Miguel : 58, 76, 185

Abrams, Morris Howard : 58

Académie des sciences morales et politiques : 54, 59, 61, 62, 100, 127

Acqui : 130

Action française : 170, 172, 173

Affaire Boulanger : 180

Affaire Dreyfus : 69, 152, 153, 156, 157, 163, 167, 180

Allemagne : 33, 35, 65, 107, 169

amitié : 121

Angers, David d' : 89

Angleterre : 64, 65, 66, 93, 107, 117, 182

anglophobie : 65

Annales : 154, 174

anticléricalisme : 76, 81, 92, 171

antisémitisme : 156, 157

Archives royales : 34, 40, 59, 129

Arlès-Dufour : 67

Arioste, Ludovico Ariosto, dit : 49

Asseline, Louis : 163

Avenir (L') : 37, 42, 43, 46

Babeuf, Gracchus : 28, 95, 142

Bakhtine, Michael : 16

Ballanche, Pierre Simon : 86

Barbier, Jules : 89

Barrès, Maurice : 172, 173

Barthes, Roland : 10, 11, 166

Bastid, Paul : 42, 43

Beaud, Michel : 112, 184

Béjos : 89, 91

Belfast : 64

Bénichou, Paul : 11, 26, 75, 76, 125, 166

Béranger, Pierre Jean de : 89, 114, 127

Bergson, Henri : 185

Bernard Griffiths, Simone : 168

Berry, duchesse de : 32, 34

Bismarck, Otto von : 110

Blanc, Louis : 61, 75, 127

Blanqui, Adolphe : 61

Blanqui, Louis Auguste : 163

Bloch, Marc : 139, 154, 174

Boileau, Nicolas : 50

bonapartisme : 139, 159, 161, 177

Bourbon, Abbé de [fils de Louis XV] : 15, 27, 28, 30, 32, 33, 42, 78

Braudel, Fernand : 10, 166

Broglie, Achille Léonce Charles Victor, duc de : 33, 34

Broussais, Paul : 61

Burnouf, Eugène : 17, 41, 72, 127

Cabet, Etienne : 75, 95

Camus, Albert : 101

Carbonari : 31

Carrel, Armand : 39, 43

Casanova, Robert : 168

César : 69

Chabrier, François de : 139

Chalier, Marie-Joseph : 142

Charles X : 32, 33, 34, 39, 44

Chassin, Charles-Louis : 16, 164

Chéruel, Alphonse : 52, 69

christianisme : 9, 46, 47, 49, 76, 84, 87, 99, 117, 131, 151, 175, 176, 186

Clemenceau, Georges : 151, 163, 164

Clémentine, princesse (petite-fille de Louis Philippe) : 34, 35, 37, 77

Clootz, Anacharsis : 141, 159, 160, 161, 162

Club des Cordeliers : 9, 141, 142, 143, 159

Club des Jacobins : 128, 141

Coeur, abbé : 81

Colbert, Jean-Baptiste : 99

Colisée : 46

Collège de France : 17, 24, 35, 37, 40, 41, 51, 54, 59, 73, 76, 77, 79, 83, 89, 90, 100, 105, 122, 124, 128, 129, 130, 138, 154, 160, 163, 166, 173

Commune de Paris, 1793-1794 : 9, 89, 142

Commune de Paris, 1870-1871 : 89, 163, 164, 170

Compagnie de Jésus : 18, 24, 77, 79, 80, 81, 82, 83, 86, 90, 98, 105

Condillac, Étienne Bonnot de : 29

Constant, Benjamin : 16, 42, 43, 79

Convention (la) : 141, 142

Cornuz, Jean-Louis : 12, 167

coup d'État du 2 décembre : 105, 108, 129, 138, 139, 145, 162, 163

Cousin, Victor : 15, 29, 30, 31, 33, 35, 38, 42, 44, 45, 59, 61, 62, 72, 73, 78, 79, 82, 83, 99, 100, 113, 123, 127, 170

Creuzer, Friedrich : 59, 169

Croce, Benedetto : 9, 153

Cuvier, Georges, baron : 118, 189

Dante : 140

Danton, Georges Jacques : 9, 140, 141

Darwin, Charles : 188

Daunou, Pierre Claude François : 37

Decazes et de Glücksberg, Élie, duc : 30

démocrates-socialistes : 145

Descartes, René : 83, 185

Desmoulins, Camille : 142

Deuxième République : 18, 19, 105, 106, 128, 129, 136, 138, 140, 152, 153, 157, 158, 163

Diderot, Denis : 141

Digeon, Claude : 26, 167

Dijon : 172, 173

doctrinaire : 59

doctrinaires (mouvement et idéologie des) : 13, 14, 18, 23, 29, 30, 31, 32, 35, 42, 43, 44, 60, 61, 62, 73, 105, 113

Dumesnil, Alfred : 16, 71, 90, 122

Dumesnil, Françoise-Adèle : 51, 54, 68, 69, 70, 71, 76, 80, 81, 92, 123, 161, 170

Dumont, Louis : 185

Durkheim, Émile : 98

Eckstein, Ferdinand, (baron d') : 47

éclectiques : 72, 83

éclectisme, éclectiques : 31, 59, 60, 72, 73, 83, 99, 100, 113

École Normale : 30, 59

écologie : 100, 111, 147, 155, 162, 176, 182, 183, 184, 188, 189

Église catholique : 68, 77, 82

Eichhoff, Frédéric Gustave : 41

Eichtal, Gustave et Adolphe d' : 43, 59, 157

Encyclopédie nouvelle : 72

Énée : 70

Enfantin, Prosper : 85, 88, 89, 115

Engels, Friedrich : 64

Erikson, Erik : 13

État providence : 178

Évangile éternel : 77, 146

Fauquet, Éric : 11, 26, 27, 54, 68, 130, 168

Febvre, Lucien : 11, 36, 154, 155, 166, 167, 168, 171, 172, 173, 174, 175, 176

Ferrari, Joseph : 127

Ferry, Jules : 164, 165

fêtes des Fédérations : 128, 136

fêtes populaires : 119, 158, 168

Flaubert, Gustave : 12, 163

Flourens, Gustave : 16, 163

Fontainebleau : 50, 66, 71

Fourcy, Hortense : 28, 86

Francfort (école de) : 58, 184, 185

fraternité universelle : 9, 116, 119

Frayssinous, Denis Antoine comte de : 27, 30

Freud, Sigmund : 12

Fustel de Coulanges, Numa Denis : 12, 163, 168

Gay, Peter : 13

Gênes : 129

Geneviève de Brabant : 118

génie : 45, 117, 118, 119, 167

Génin, François : 83, 84

Geoffroy Saint-Hilaire, Etienne et Isidore : 17, 61, 72, 89, 118, 127, 188, 189

Girondins : 128, 143

Globe (Le ) : 43, 73

Goethe : 152

Goldmann, Lucien : 10

Grousset, Pascal : 163

Guépin, Ange : 146

Guizot, Eliza : 33

Guizot, François : 12, 13, 14, 15, 28, 29, 30, 32, 33, 34, 35, 37, 39, 40, 42, 43, 44, 45, 57, 59, 62, 73, 74, 75, 78, 79, 83, 91, 100, 155, 174

Haac, Oscar : 12, 76, 167

Halévy, Daniel : 167

Hartog, François : 12, 163, 168, 169, 170

Hébert, Jacques René : 143

Hegel : 38, 111

Herder, Johann Gottfried : 38

Hobbes, Thomas : 121, 184, 185

holisme : 185

idéologues : 31, 61

Iles Britanniques : 65

Inde : 47, 116

Irlande : 43, 64

Italie : 37, 39, 48, 129, 130

Jaurès, Jean : 165, 180

Jeanne d'Arc : 154, 155, 156, 174

Jérusalem des cours : 133, 134

jeunes (bandes de) : 122

Joachisme de Flore, joachimisme : 76, 77

Joguet, Victor : 59, 60, 89

Johnson, Mary : 167

Jonain, Pierre : 89

Jouffroy, Théodore : 29

judaïsme : 117, 156, 185

justice (opposition entre la grâce et -) : 131, 162, 163, 176, 178, 180

Kaplan, Edward : 12, 119, 168

Krupp : 179

L'Imitation du Christ : 29

Labrousse, Ernest : 166

Lacan, Jacques : 48

Lacordaire, Henri : 42, 83

Laffitte, Jacques : 39, 42, 75

Lagache, Daniel : 16

Lamarck, Jean Baptiste : 118, 189

Lamartine, Alphonse de : 61, 74, 114, 123, 126, 127

Lamennais, Félicité de : 16, 42, 46, 47, 60, 61, 74, 75, 127

Laon (évêque de) : 27, 49

Lavisse, Ernest : 165

Le Goff, Jacques : 12, 122, 168

Le Guillou, Louis : 26, 37, 83, 86, 168, 171

Le Roy Ladurie, Emmanuel : 108, 112, 168

Leroux, Pierre : 61, 72, 74, 75, 88, 100, 127, 136, 144

Leterrier, Sophie-Anne : 61, 62, 113

Letronne, Jean-Antoine : 41, 89

Lévy, Armand : 16, 32, 59, 157

libéralisme : 10, 14, 24, 26, 30, 35, 39, 42, 61, 110, 126, 178, 186

Libri, Guillermo : 44

Lissagaray, Prosper Olivier : 163

Londres : 63, 156, 159

Louis XVIII : 42

Louis-Philippe 1er : 34, 73, 74, 89, 105, 156

Louvois, François : 99

Löwy, Michael : 58

Lukacs, Georg : 12

Lumières : 118, 137, 152, 153, 158, 178

Luxemburg, Rosa : 182

Lycée Charlemagne : 25, 30

Lycée Sainte Barbe : 30

Lyon : 63, 67, 78, 88, 142

Machiavel, Nicolas : 78

machinisme : 75, 98, 99, 101, 179, 183

Marat, Jean-Paul : 143

Marrast, Armand : 89

Martignac, Jean-Baptiste Sylvère Gay (comte de) : 30

Marx, Karl, marxisme : 12, 64, 94, 98, 111, 112, 157, 185

mauvaise mère: 36, 47, 50, 161

Merilhou, Joseph : 35, 40

Michelet

Ouvres

- Bible de l'humanité : 81, 184

- Des Jésuites : 59

- Du prêtre, de la femme et de la famille : 18, 82

- Histoire de France : 24, 40, 60, 72, 80, 84, 126, 130, 139, 155, 156, 167, 168, 171, 172, 173, 174, 181

- Histoire de la Révolution française : 18, 24, 81, 110, 111, 125, 126, 128, 130, 131, 139, 161, 163

- Histoire Romaine : 24, 41, 47

- Introduction à l'histoire universelle : 10, 24, 36, 40, 54, 57, 62, 112, 113, 116, 126, 128, 133, 167, 170, 175, 184

- Journal : 11, 52, 68, 70, 75, 83, 89, 90, 138, 167, 171, 181

- L'Insecte : 187

- L'Oiseau : 172, 187

- La Mer : 81, 129, 146, 187

- La Montagne : 81, 129, 187

- La Sorcière : 81, 112, 168, 188

- Le Banquet ou l'unité de l'église militante : 81, 110, 130, 156, 162, 187

- Le Peuple : 18, 19, 24, 25, 27, 28, 59, 67, 68, 81, 88, 90, 91, 92, 93, 97, 105, 106, 108, 111, 112, 113, 114, 115, 122, 123, 124, 126, 128, 131, 142, 152, 156, 157, 161, 168, 175, 181, 183, 184, 185, 186, 187

- Légendes démocratiques du Nord : 110, 161, 162

- Nos fils : 67, 68, 81, 129

- Origines du droit français : 24

famille

- Mialaret, Athenaïs (deuxième femme) : 18, 54, 128, 160

- Michelet, Adèle (fille de Jules) : 16, 71, 82, 91

- Michelet, Angélique Constance (mère de Jules) : 25, 26, 27, 28, 35, 49, 50

- Michelet, Charles (fils de Jules) : 47, 71, 107, 156, 164, 172

- Michelet, Furcy (père de Jules) : 25, 27, 28, 29, 34, 49, 50, 52, 70, 87, 128, 132, 142, 190

- Millet, Célestine (cousine de Jules) : 27

- Rousseau, Pauline : 17, 28, 51, 52, 53, 68, 71, 80, 123, 128, 170, 190

Mickiewicz, Adam : 61, 159, 160

Milner, Max : 166

mission civilisatrice : 44, 57, 118, 186

Mitterrand, François : 15

modernisation économique et politique : 106, 112, 182, 183

Monde (Le ) : 60, 174

Monod, Gabriel : 11, 25, 26, 31, 36, 41, 92, 155, 165, 166, 167, 168, 169, 170, 171, 172, 173, 174, 175

Monopole universitaire : 17, 78

Montagne (La) : 81, 129, 187

Montalembert, Charles Forbes (comte de) : 37, 42, 47

Montesquieu : 111

Montgolfier, Mlle : 89

Muchembled, Robert : 112

Nantes : 129, 139, 141, 146, 158

Napoléon Bonaparte : 42

National (Le ) : 39

nationalisme : 97, 120, 158, 176, 179, 180, 181

Nicolle, Charles Dominique, abbé : 27, 30

Noel, Eugène : 16, 69, 80, 90, 138

Ollivier, Émile : 138

Orléans (duc d') : 15, 74, 90

Orr, Linda : 12, 118, 168

Pays de Galles : 64

pêcheurs normands : 124

Péguy, Charles : 156, 165

Perdiguier, Agricol : 75

Père Lachaise : 42

Périer, Casimir : 39

Petitier, Paule : 12, 118, 168, 169

philosophie d'État : 100, 113, 126

physiologues : 61, 72, 127

Plutarque : 69

Poinsot, Paul : 15, 28, 50, 121

Polignac, Jules August Armand Marie de : 30, 39

Pologne : 39, 43

Poret, Hector : 15, 30, 37

Prométhée, homme prométhéen : 10, 15, 114, 184, 187

Proudhon, Pierre-Joseph : 75, 95, 127

psycho-histoire : 12, 13

Pyat, Félix : 89, 163

Quinet, Edgar : 11, 15, 25, 26, 27, 33, 35, 37, 40, 43, 59, 61, 68, 73, 75, 77, 79, 80, 83, 89, 90, 100, 105, 127, 137, 139, 171, 172

raison instrumentale : 58, 184

rameau d'or, et ressuscitation des morts : 70, 169, 190

Ranc, Arthur : 163

Ravaisson, Félix : 61, 127

Réforme : 127, 155, 172, 177

Réforme (La) : 127

Reid, Thomas : 30, 41

Révolution " classique ", révolution " romantique " : 18, 142-146

Révolution de février 1848 : 18, 58, 61, 110, 128, 133, 137, 145

Révolution de juillet 1830 : 10, 32, 37, 38, 40, 44, 95, 126

Révolution française de 1789 : 15, 18, 24, 26, 38, 44, 81, 83, 96, 105, 106, 110, 111, 112, 125, 126, 128, 129, 130, 131, 136, 138, 139, 153, 157, 161, 163, 170, 180

révolution religieuse et sociale : 18, 77, 144, 177

Revue de Paris : 63

Revue des deux mondes : 82, 84, 105

Revue historique : 166

Revue indépendante : 75, 84

Reynaud, Jean : 61, 72, 127

Rigaud, Raoul : 163

Rioux, Rémy : 156, 165

Robespierre, Maximilien : 9, 83, 129, 141, 142, 143, 144

romantisme, romantisme social : 15, 19, 54, 68, 72, 73, 75, 85, 88, 89, 92, 105, 115, 127, 145, 146, 151, 152, 158, 161, 183, 185, 191

Rosanvallon, Pierre : 12, 13, 14, 178

Rousseau, Jean-Jacques, rousseauisme : 28, 141, 142

Royer-Collard, Pierre Paul : 29, 30

Saint-François : 77

Saint-Just, Louis Antoine de : 143

Saint-Marc Girardin : 32, 34

Saint-simoniens : 31, 43, 59, 61, 67, 72, 73, 86, 88, 144, 146, 157

Sainte Marie, Sophie Mazure dite : 86-90

Saisset, Émile : 82, 83, 84, 170, 171

Salvandy, Narcisse Achille (comte de) : 89, 90

Sand, George : 61, 73, 74, 75, 88, 90, 127, 136, 158

Sartre, Jean-Paul : 12

Sayre, Robert : 58

Schorske, Carl : 13

Second Empire : 19, 25, 89, 105, 122, 129, 130, 135, 153, 157, 158, 161, 163, 170, 187

Seebacher, Jacques : 166

Seignobos, Charles : 165

Serre, Antoine : 72, 127

Smith, Adam : 112

socialisme démocratique : 178

Sorbonne : 30, 34, 38, 59, 169

Sorel, Georges : 31, 182

Spinoza, Baruch : 185

Stendhal : 31

Stewart, Dugald : 41

Sue, Eugène : 73, 74, 127, 145

Swedenborg, Emmanuel : 72

Taine, Hippolyte : 157, 165, 167, 172

Talleyrand : 78

Terreur (la) : 18, 29, 74, 75, 95, 128, 129, 138, 140, 142, 144, 146, 157, 161, 162

Thermidor : 129, 138, 144, 162

Thierry, Augustin : 174, 181

Thiers, Adolphe : 13, 15, 39, 73, 74, 159

Thompson, Edward Palmer : 182

Thureau-Dangin, Paul : 9, 39, 43, 78, 79, 90, 100, 170, 191

Tocqueville, Alexis de : 111, 157

Toussenel, Alphonse : 156

Tridon, Edme Marie : 163

ultralibéralisme : 176, 179, 180

Vallès, Jules : 16, 163, 164

van der Heidjen, Laurens : 26

Vatismenil, Henri de : 33

Viallaneix, Paul : 11, 24, 26, 36, 38, 63, 69, 70, 76, 79, 85, 90, 155, 156, 160, 167, 180, 181

Viardot, Louis : 75

Vichy : 155, 156, 157, 174, 176

Vico, Giambattista : 24, 33, 41, 58, 70, 86, 114, 115

Villèle, Jean-Baptiste Guillaume Joseph (comte de) : 79

Villemain, Abel François : 30, 33, 77, 78

Villermé, Louis René : 61

Voltaire, voltairianisme : 29, 82, 84, 132, 156

Waldeck-Rousseau, Pierre Marie René : 164

Wallerstein, Immanuel : 112

Waterloo : 65

Weber, Max : 13, 98, 108, 111, 113

Wessel, Marleen : 173, 174, 175

Winock, Michel : 156, 157

Zola, Émile : 108, 113, 152, 153