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Natalie Petiteau, Élites et mobilités : la noblesse d'Empire au XIXe siècle (1808-1914)

format 15,5x24 cm, 714 pages, ISBN 2-910828-10-7, 290 francs français, 44 euros
© Boutique de l'Histoire éditions 1997

Titre épuisé

Table des matières

Préface

Introduction

Conclusion

Indes des noms de personnes

Célébrée par de multiples biographies retraçant les exploits de ses membres, étudiée jusqu'à présent dans le court terme ou dans des perspectives institutionnelles, la noblesse créée par Napoléon Ier en 1808 n'avait pas fait jusqu'alors l'objet d'une synthèse prenant en considération l'ensemble du groupe sur plusieurs générations.

Tel est le but de l'ouvrage ici proposé. Il mène tout d'abord une réflexion sur la création de la noblesse impériale, aboutissement des projets napoléoniens de recomposition de la société post-révolutionnaire : cette élite apparaît en fait comme un chevalerie réinventée vouée à soutenir la quatrième dynastie. Mais, forgée de toutes pièces en quelques années, cette aristocratie ne constitue qu'un groupe social à l'identité éclatée : saisir son devenir dans la société française du XIXe siècle a conduit l'auteur à examiner le destin des famille d'anoblis qui connaissent le déclassement social aussi bien que celui des lignages qui s'insèrent dans la haute société. Ils y parviennent par le mariage et l'appartenance à la vie élégante, dès l'Empire et la Restauration. S'ils ont manqué l'occasion de fonder leur unité sur la défense de la cause bonapartiste, vouant ainsi à l'échec une partie du projet napoléonien, ils exaucent les voux de l'empereur en participant finalement au renouvellement des élites.

En définitive, la noblesse impériale constitue un observatoire idéal de la mobilité sociale au XIXe siècle dès lors que sont conjugués démarche statistique, exploitation des sources imprimées et travail prosopographique fondé sur des archives encore inexplorées.

 

L'auteur, agrégée d'histoire, maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université d'Avignon, a déjà publié un ouvrage consacré à l'histoire d'une entreprise horlogère. Elle poursuit actuellement une recherche sur la postérité de l'épisode napoléonien.

 

 

Table des matières

 

INTRODUCTION

PREMIÈRE PARTIE : LA PRODUCTION D'UNE ÉLITE

    CHAPITRE I : UNE CHEVALERIE RÉINVENTÉE ?

        I/ VERS UN NOUVEL ORDRE SOCIAL

            A) Une société à restructurer : bilan napoléonien de la Révolution

            B) Les séductions de la méritocratie

            C) Honneur, mérite, fidélité : une devise pour un empire

        II/ UNE ARISTOCRATIE POUR UNE RECOMPOSITION DES ÉLITES

            A) L'aube d'une renaissance nobiliaire

            B) Projets impériaux d'une élite révolutionnaire

            C) Une élite du mérite et de la fonction

            D) Une noblesse ouverte

        III/ UNE NOBLESSE RÉVOLUTIONNAIRE, SOUTIEN D'UN TRÔNE IMPÉRIAL

            A) Du service de l'État au clientélisme

            B) Une aristocratie pérennisée dans le prestige

            C) Une hérédité subordonnée à la fortune

            D) Le recours au soutien des grands noms anciens

    CHAPITRE II : UNE MÉRITOCRATIE

        I/ UNE ÉLITE RESTREINTE

            A) Des anoblissements limités et contrôlés

            B) Les contrastes d'un recrutement géographique improvisé

            C) L'aristocratie des serviteurs de l'Empire

                1) Une noblesse d'épée

                2) Le prestige des serviteurs civils

                3) La position médiocre des magistrats

                4) Les hautes dignités des hommes de cour

                5) Les honneurs rendus aux notables

                6) La place infime des élites nouvelles

                7) Une preuve de la précoce fusion des élites ?

        II/ LES CLEFS DE LA RÉUSSITE

            A) Un large éventail d'origines sociales

            B) Les enfants de la France des Lumières

            C) L'engouement pour une Révolution modérée

        III/ LES VOIES DE L'ASCENSION

            A) La gloire des armes

            B) Les talents des civils

            C) Les vertus du déracinement

    CHAPITRE III : UNE MASSE DE GRANIT NOBLE

        I/ UN NOYAU SOUDÉ

            A) Une fidélité proclamée

            B) Vassalité, amitié, fraternité

            C) Amour et ascension

        II/ DU GRANIT COULEUR TERRE ET OR

            A) Des anoblis propriétaires

            B) Les mannes de l'épopée

            C) Profits et pertes

        III/ LES PRÉMICES D'UNE ACCULTURATION AU MODE DE VIE NOBILIAIRE

            A) Une vie de cour sous le poids de l'étiquette

            B) De l'étourdissement des fêtes au raffinement des salons

            C) Une vie privée entre simplicité et ostentation

    CHAPITRE IV : LA FISSURATION D'UNE MASSE DE GRANIT

        I/ UNE PÉRENNITÉ JURIDIQUE PARTIELLE

            A) Les majorats : une première lézarde dans l'édifice

            B) Une noblesse reconnue

            C) Des titres confirmés et transmis

        II/ UNE PART EN DESHÉRENCE

            A) L'échec de la politique matrimoniale impériale

            B) L'extinction des lignages

        III/ REGARD SUR SOI, REGARDS D'AUTRUI

            A) Un révélateur : le discours des contemporains

            B) Un jugement sévère : le verdict des historiens

            C) D'une noblesse avortée à une noblesse reconnue : de La Comédie humaine à La Recherche du temps perdu

            D) Entre foi et scepticisme : le moi des anoblis

    CONCLUSION DE LA PREMIÈRE PARTIE

DEUXIÈME PARTIE : LA PERTE D'IDENTITÉ

    CHAPITRE V : UNE ARRIÈRE-GARDE ENLISÉE

        I/ DE LA PERTE DE PRESTIGE À LA PERTE DE MÉMOIRE

            A) Les leçons des lacunes de l'Armorial du Premier Empire

            B) La difficulté des généalogies descendantes

        II/ DES ÉCHECS PRÉCOCES

            A) La fragilité des titres et des positions

            B) Un obstacle majeur : la modestie des fortunes

        III/ DESTINS CROISÉS

            A) Les illusions perdues du chevalier Pardessus

            B) La faute du chevalier Mourret

            C) La fortune des Doulcet

            D) Un début dans la vie

        IV/ LES GÉNÉRATIONS PERDUES

            A) Des fils exclus du monde nobiliaire

                1) Des fonctions médiocres

                2) Des mariages obscurs

                3) Des trains de vie sans prestige

            B) Des filles préservées d'un complet déclassement

            C) Des rejetons indignes

    CHAPITRE VI : UNE OCCASION MANQUÉE : LA DÉFENSE DE LA QUATRIÈME DYNASTIE

        I/ LE TEMPS DES RUPTURES (1814-1830)

            A) Des ralliements empressés dans la tourmente de 1814-1815

            B) Épurations et clarifications

            C) Un noyau de bonapartistes activistes

            D) Les anoblis dans les Chambres : du royalisme au libéralisme

        II/ L'IMPOSSIBLE UNANIMITÉ (1830-1851)

            A) Une alliance d'intérêts : orléanisme et noblesse d'Empire

            B) La persistance d'une opposition bonapartiste

            C) Une noblesse condamnée par le bonapartisme

            D) Des anoblis républicains aux "malgré-nous" du bonapartisme

        III/ L'AFFIRMATION D'UN NOYAU DUR DU BONAPARTISME (1851-1914)

            A) L'illusoire renaissance impériale

            B) Des anoblis bonapartistes en République

            C) Du royalisme au républicanisme

    CHAPITRE VII : UNE ÉLITE FUSIONNÉE

        I/ L'INSERTION DANS L'ANCIENNE NOBLESSE

            A) La troisième génération plus que la seconde

            B) Les filles mieux que les garçons

            C) La noblesse centenaire plutôt que celle du XVIIIe siècle

            D) En province autant qu'à Paris

        II/ L'ALLIANCE AVEC LES NOUVELLES ÉLITES

            A) Mariages bourgeois et endogamie socio-professionnelle

            B) De la bourgeoisie d'affaires au cosmopolitisme

            C) Noblesses du XIXe siècle et noblesses étrangères

        III/ UN TISSU DE RÉSEAUX IDENTITAIRES

            A) De l'endogamie sociale.

            B) . à l'homogamie professionnelle et politique

            C) Une trame de plus en plus serrée

    CONCLUSION DE LA DEUXIÈME PARTIE

TROISIÈME PARTIE : L'AFFIRMATION D'UNE ARISTOCRATIE

    CHAPITRE VIII : LES DEVOIRS DU TITRE

        I/ VERTUS DE L'ÉDUCATION ET BIENFAITS DE L'INSTRUCTION

            A) Une prime enfance choyée, soumise à des exigences strictes

            B) Le recours aux institutions d'enseignement collectif

            C) Facultés et grandes écoles

        II/ FORCE ET LIMITES DE LA TRADITION MILITAIRE

            A) Les imperfections de la reproduction sociale

            B) Officiers supérieurs et membres des corps aristocratiques

            C) La passion du métier militaire

        III/ UNE NOBLESSE D'ÉTAT

            A) Le goût du pouvoir administratif

            B) L'exercice des compétences techniques

            C) La pratique de l'excellence scientifique

    CHAPITRE IX : LE MAINTIEN DU RANG

        I/ UNE ARISTOCRATIE DE LA RICHESSE

            A) Première hiérarchie

            B) Reclassements et enrichissements

                1) Fortunes fragiles

                2) Maintien des fortunes moyennes

                3) Accès à la grande richesse

                4) Perte ou affaiblissement des belles fortunes

                5) Contrastes dans les lignages nombreux

                6) Préservation ou accroissement des grandes fortunes

            C) Richesse mobilière et fortunes foncières

        II/ UNE NOBLESSE DEVENUE TERRIENNE

            A) L'insertion précoce et durable dans le clan des grands propriétaires

            B) Bailleurs vigilants et généraux aux champs

            C) Des gentilshommes agronomes

        III/ UNE ÉLITE CAPITALISTE

            A) De la radicalisation de la rente foncière à la direction des entreprises industrielles

            B) Spéculateurs hardis et administrateurs d'entreprises

            C) La majorité silencieuse des rentiers prudents

    CHAPITRE X : LE SOUTIEN DU NOM

        I/ AU COUR DE LA VIE ÉLÉGANTE

            A) Des châteaux de province.

            B) .aux hôtels parisiens

            C) De villégiatures en voyages

            D) Une aristocratie dans la vie mondaine

        II/ CONVICTIONS ET CONFORMISMES

            A) Des fondateurs du Jockey-Club à l'avant-garde des sportifs

            B) Collectionneurs et artistes

            C) Des lecteurs aux écrivains

            D) De la religion des Lumières au catholicisme social

        III/ L'EXERCICE DU PATRONAGE

            A) La pratique de la bienfaisance

            B) Des comices au syndicalisme agricole

            C) Le prestige par l'encadrement politique

        IV/ LE CULTE DE L'HONNEUR FAMILIAL

            A) L'honneur du nom

            B) La célébration des héros fondateurs

            C) Le respect du capital symbolique

CONCLUSION GÉNÉRALE

Annexes : cartes et tableaux

Généalogies

Sources et bibliographie

Indes des noms de personnes

Index des noms de lieux

 

 

 

Préface

par Claude-Isabelle Brelot

 

Encore une thèse sur l'histoire des élites, dira-t-on ! En fait, le livre que voici fait plus qu'ajouter un pan supplémentaire à la connaissance des familles qui se placent au faîte de la société française post-révolutionnaire. Sous la plume d'une jeune historienne déjà connue des spécialistes d'un autre champ de recherche - celui de l'histoire des entreprises-, il marque, non sans courage, quoique plutôt solitairement, un infléchissement significatif vers des voies nouvelles.

Avec le choix de la noblesse d'Empire, c'est une une période actuellement délaissée par l'historiographie française que Natalie Petiteau invite à redécouvrir. Décisive est en effet la réflexion que conduit Napoléon Ier sur la fonction des élites dans la société post-révolutionnaire, et que présente le premier chapitre : chevalerie réinventée, élites sans privilèges dans une société égalitariste, autant d'heureuses formules avec lesquelles Natalie Petiteau entraîne son lecteur dans une analyse esssentielle à la compréhension de la société française comme des ambiguïtés du projet napoléonien. N'a-t-elle d'ailleurs pas la curiosité bienvenue de s'intéresser jusqu'au plus modeste des chevaliers titrés par le régime ? Ajoutant à l'étude de Jean Tulard celle - substantielle - du gros des troupes des titrés du Premier Empire, elle souligne que le destin des anoblis ne se limite pas à des destins exceptionnels, mais s'élargit à celui d'une élite créée pour être le pivot de la quatrième dynastie. Ainsi se trouve renouvelée l'approche de la noblesse du Premier Empire. Elle sort les nouvelles noblesses du xixe siècle du statut de l'exception individuelle et envisage leur avenir dans la dimension collective d'un fait social.

Face aux anoblis du Premier Empire, Natalie Petiteau n'a pas cèdé à la fascination de la galerie de portraits hauts en couleurs. Elle s'est aventurée dans l'exploration des destins familiaux dans la longue durée. Reprenant, un siècle après lui, les investigations du vicomte Révérend, traquant minutes notariales et archives de l'Enregistrement au prix d'un tour de France des provinces, elle a minutieusement reconstitué, complété et rectifié généalogies familiales et transmissions. Aux portraits en pied des grands notables du Premier Empire et aux fichiers prosopographiques, elle ajoute patiemment la reconstitution des destins familiaux au fil de trois, voire quatre générations. L'étude longitudinale des trente-et-une maisons initialement retenues s'enrichit du foisonnement des branches et des rameaux, si bien qu'au fil des générations successives, à travers vitalité démographique et extinction des maisons et des noms, ce sont plus de cinq cents individus qui sont étudiés. Une histoire sociale dans la longue durée devient possible, posant la question de la transmission non seulement des biens et des fortunes, mais aussi des leçons de l'expérience paternelle et de la mémoire familiale : l'étude du discours familial sur l'hérédité du capital social et des valeurs fondamentales se trouve complétée par l'observation des pratiques réelles, des succès dans la fidélité au destin imposé jusqu'aux manquements et aux désobéissances.

Mais c'est plus encore la conception du sujet qui se montre féconde. Alors que l'histoire des élites s'est, pendant deux décennies, maintenue dans le genre des monographies familiales, départementales et provinciales, Natalie Petiteau prend de la hauteur et livre ici l'étude d'un corpus national. L'enjeu est de taille : à compliquer ainsi sa tâche, à visiter quarante-sept dépôts d'archives départementales pour compléter archives nationales et minutier central des notaires de Paris, elle a réussi à aborder un sujet nouveau, celui de la mobilité des élites, perçues jusqu'ici dans leurs inerties provinciales et dans leur immobilité. Élites et mobilités : bonheur d'un titre qui conjugue élite, mobilité géographique, mobilité sociale, mobilité professionnelle et exogamie, alors qu'élite rimait bien davantage avec permanence, persistance et isolats provinciaux. Ainsi est soulignée la dynamique dans laquelle se forgent, dès le Paris de la Restauration, des élites nationales et fusionnées, aptes au service de l'État, dont la mobilité atteste une modernité propice aux innovations économiques et à l'acculturation à l'idée de nation.

Remercions enfin Natalie Petiteau d'être ... ce qu'elle est. Elle a donné la preuve qu'il est possible de réussir une thèse brillante en province et sans les consécrations les plus courantes. Celle-ci, préparée de Besançon à Aix, soutenue devant l'Université de Tours, a été mûrie dans l'exercice quotidien du métier de professeur de collège. La rédaction, il est vrai, en a été facilitée par un détachement à l'Université de Paris-Nanterre, deux ans de suite, dans un demi-poste d'A.T.E.R. Parcours exemplaire que celui-là : telles sont les richesses de l'Université d'aujourd'hui.

 

 

Introduction

 

Le réinvestissement de la période révolutionnaire par les historiens au fil des années 1980 n'a pas son pendant pour le Premier Empire. Les voies multiples du renouvellement de l'historiographie n'ont encore guère ramené les chercheurs sur les champs de bataille des années 1800-1815, dans le Paris impérial ou dans les cités et les campagnes des lendemains immédiats de la Révolution. L'histoire de l'Empire a souvent mauvaise presse dans l'Université. Elle semble victime de son succès auprès d'un grand public vouant parfois aux gémonies le tyran, mais rêvant toujours devant les ascensions fulgurantes qu'il a permis.

Si Napoléon "a inspiré plus de livres qu'il ne s'est écoulé de jours depuis sa mort ", son histoire a longtemps ignoré les pistes de recherches proposées par l'école des Annales. Elle est souvent demeurée au stade de la biographie sacrifiant au culte de la personnalité, que ce soit dans le sens de l'apologie ou dans celui du dénigrement. Dès le XIXe siècle, les historiens romantiques, rejoints par Stendhal, ont été fascinés par l'homme du destin, alors que se diffusait la légende napoléonienne, notamment grâce au Mémorial de Sainte-Hélène publié par Las Cases. D'autres exprimaient leur haine ou leur mépris : Taine l'accusait d'inceste, Fourier le qualifiait d'"avorton sauf pour la guerre " . Au xxe siècle encore, l'engouement du public pour les biographies publiées par Jacques Bainville et surtout André Castelot prouve le succès de ce genre historiographique auprès du grand public. Au delà de la biographie du héros, les anecdotes du règne et le récit détaillé de ses événements ont passionné certains historiens et beaucoup de lecteurs. Les revues elles-mêmes, dont l'existence témoigne d'un souci de recherche historique sérieuse et utile, sont longtemps demeurées décevantes. Jusqu'en 1965, la Revue des Études Napoléoniennes, devenue en 1954 la Revue de l'Institut Napoléon, s'est contentée de "l'apologétique, de la biographie, de l'anecdote, du recensement des collections d'autographes et autres souvenirs napoléoniens " . Si ces articles peuvent aujourd'hui encore offrir quelques renseignements précieux mais ponctuels, ils ne comblent en aucune façon les lacunes historiographiques relatives aux années 1800 à 1815. Au total, l'historiographie napoléonienne compte de nombreux ouvrages attestant l'attrait exercé par ces années. Mais elle a laissé longtemps dans l'ombre le sujet pourtant le plus propre à susciter, sinon la fascination, du moins de multiples interrogations : la société impériale. Les réussites qu'elle a favorisées, le luxe dans lequel ses élites se sont installées ne sont-ils pas les réels fondements de cette féerie impériale qui a tant fait rêver ?...

En 1948, Louis Madelin, dans le onzième volume de son Histoire du Consulat et de l'Empire, faisait le constat de cette grave lacune : "Dans les premiers mois de 1812 auxquels nous a conduits l'étude du règne, un homme attire et presque capte les regards du Monde. Ainsi, dans une certaine mesure, masque-t-il son pays. Napoléon semble, seul, à cette heure, incarner la France, et de telle façon que, longtemps encore, la Nation paraîtra aux historiens de l'Empire enveloppée d'une sorte de pénombre ; on dirait, à les lire, que la vie du pays tout entier a tenu dans celle de son chef et, quinze ans, s'y est absorbée " .

En 1967, le bilan dressé par Jacques Godechot montre que la critique de Louis Madelin n'a guère été entendue et il accuse les sociétés napoléoniennes de ne pas respecter la rigoureuse objectivité historique : "Elles ne publient guère que des ouvrages destinés à célébrer la gloire de l'empereur et de l'Empire ; elles se préoccupent surtout des biographies de Napoléon et de tous les personnages qui ont gravité autour de lui ; elles s'intéressent aux guerres et aux combats, non pas en tenant compte des tendances historiographiques récentes, c'est-à-dire en mettant l'accent sur les conséquences économiques des campagnes ou en dégageant leurs aspects sociologiques [...], mais en racontant sur le mode traditionnel les négociations diplomatiques, les spéculations des états-majors, les marches des troupes et les péripéties des batailles. Malgré leur nombre, ces associations n'ont guère fait progresser nos connaissances " . Selon Jacques Godechot, l'histoire de l'Empire est donc coupable de n'avoir pas su s'affranchir "des idoles de la tribu des historiens " , soixante-quatre ans après l'accusation de François Simiand et trente-huit ans après la création des Annales . Ce vide historiographique est encore dénoncé par les historiens étrangers en 1979.

Paradoxalement, l'impulsion véritable en faveur d'une historiographie renouvelée de l'Empire a été donnée par la célébration d'un événement propre à la vie de Napoléon : c'est en 1969, pour le bicentenaire de la naissance de l'empereur, que se déroule un colloque sur la France à l'époque napoléonienne. "L'histoire reprend ses droits. Elle ne saurait être celle d'un homme, si grand qu'il ait été, mais celle des hommes " . L'histoire sociale bénéficie pleinement de cette réaction : elle occupe l'une des quatre parties de la publication, avec onze communications. Les pistes de recherche qui y sont proposées commencent dès lors d'être explorées. Les premières synthèses apparaissent, au cour même de l'âge d'or de l'histoire des sociétés.

En 1972, sollicité par la collection "Nouvelle Histoire de la France Contemporaine " des éditions du Seuil, Louis Bergeron offre un bilan magistral qui ouvre d'innombrables et fructueuses voies nouvelles, aux côtés desquelles la première synthèse d'Albert Soboul, en 1973, apparaît bien décevante. Celle-ci est quelque peu étoffée dans le premier volume du tome III de l'Histoire économique et sociale de la France, paru en 1976. Le Napoléon de Jean Tulard laisse peu de place à l'histoire sociale car c'est dans la Vie quotidienne des Français sous Napoléon que le spécialiste français de l'histoire de l'Empire accorde une attention réelle à la nation. En 1979, Jean-Paul Bertaud reprend les idées d'Albert Soboul dans La France de Napoléon. De plus récentes synthèses sont souvent les ouvres des mêmes auteurs et n'apportent guère d'éléments nouveaux en matière d'histoire sociale. Les ouvrages relatifs à l'Empire ne disparaissent pas totalement des listes de publications des années 1980 et 1990 ; mais il s'agit bien souvent de simples manuels dont les plus récents reproduisent respectueusement les lignes des plus anciens, en continuant de donner la priorité à l'histoire politique, diplomatique et militaire.

L'élan qu'annonçait L'épisode napoléonien n'a finalement été suivi que par Louis Bergeron lui-même. En 1970, il avait lancé, avec Guy Chaussinand-Nogaret et Robert Forster, une enquête sur les notables du Premier Empire fondée sur l'utilisation des listes des membres des collèges électoraux. Une première synthèse sur ces "masses de granit" est publiée en 1979. Parallèlement à ce traitement statistique du corpus des notabilités impériales est réalisée une enquête prosopographique dans chaque département. Mais l'heure du bilan national n'a pas encore sonné. Si quelques auteurs de la collection ont fourni de brillantes et utiles synthèses, plusieurs volumes n'en offrent aucune. De surcroît, bien des départements restent à traiter. Voilà qui laisse le chercheur sur sa faim : l'histoire sociale du Premier Empire, primordiale, est loin d'être écrite en totalité.

Primordiale, elle l'est par le fait que l'Empire s'est voulu le stabilisateur d'une Révolution ayant mis fin à la société d'ordres de l'Ancien Régime et le fondateur d'une société répondant aux aspirations exprimées à la fin du xviiie siècle. Il convient donc de réinsérer l'étude de l'Empire et les problématiques de l'histoire des années 1799-1815 dans un long terme stimulant la réflexion et éclairant la compréhension de l'évolution sociale. Abolir les cloisonnements traditionnels de l'histoire est une démarche fondamentale dans l'effort de compréhension de la transition entre la société d'ordres et la société du xixe siècle. Modernistes et contemporanéistes devraient se rejoindre dans une telle entreprise et non se combattre pour l'appropriation de ces années charnières. Il faut de toute façon cesser de noyer l'histoire de l'Empire dans la fin d'une étude de la Révolution ou, pire encore, de l'Ancien Régime, au nom de l'impérialisme de l'histoire moderne. L'histoire de l'Empire et du xixe siècle a tout à y perdre ; celle de la crise de l'Ancien Régime également.

Car l'histoire de la fin de l'Ancien Régime renvoie entre autres à la crise des élites dans la société des Lumières. Or, dans l'historiographie de ce sujet, l'antinomie entre noblesse et bourgeoisie est au centre de réflexions qui débouchent sur la problématique de la fusion des élites de la naissance, de la fortune et des talents, "fusion qui inaugure la France des notables du xixe siècle " , rappelle Claude-Isabelle Brelot : il convient en effet de savoir dans quelle mesure la Révolution et l'Empire ont répondu aux aspirations d'une bourgeoisie soit disant affrontée à la noblesse au xviiie siècle et apparemment triomphante au xixe siècle. Ce schéma simpliste ne suffit pas à décrire les réalités des mutations sociales ayant marqué l'entrée dans l'ère contemporaine. L'effort d'ascension de la bourgeoisie s'insère plutôt dans une volonté d'identification à l'aristocratie. La bourgeoisie ne souhaitait pas la destruction de la noblesse mais désirait seulement y entrer et la voir devenir le lieu social de regroupement de toutes les élites. "Les biographies sociales des notables du Premier Empire ont sensibilisé les historiens aux persistances de l'Ancien Régime", si bien qu'Arno Mayer souligne la "faculté d'assimilation de l'ancienne élite " et que Claude-Isabelle Brelot démontre les réussites des noblesses au sein des "élites concurrentes" du xixe siècle. Replacée dans cette problématique de plus longue durée, l'histoire sociale de l'Empire apparaît dans tout son intérêt et toute son ampleur. D'autant plus que ce régime institutionnalise le passage d'une société encadrée par des nobles à une société encadrée par des notables. Anne Martin-Fugier a rappelé que la période a été une occasion éminemment favorable aux mutations de la société des élites. Jamais gouvernement n'a mené une politique de restructuration sociale d'aussi vaste envergure, jamais dirigeant n'a ouvré aussi vigoureusement pour façonner le corps social selon ses vues. L'Empire offre à l'historien un champ d'étude fonctionnant comme un véritable laboratoire de créations sociales dont la plus élaborée est la noblesse créée en 1808, couronnement de toutes les institutions antérieures.

Il apparaît donc particulièrement utile d'étudier, dans la longue durée, le groupe des titrés du Premier Empire puisqu'il est destiné à réaliser la fusion entre anciennes et nouvelles élites. Examiner, au fil du siècle, la réussite ou l'échec de cette création c'est analyser les réponses apportées à la crise des élites et c'est envisager la portée sociale de cette période charnière. C'est offrir une relecture de l'Empire à la lumière d'une nouvelle échelle chronologique. C'est également mettre à l'honneur un xixe siècle souvent délaissé, notamment dans ses années de monarchie censitaire : Alain Corbin a clairement énoncé le tort qu'ont les historiens de s'intéresser trop peu aux années 1815-1848, avant de souligner que "l'époque est passionnante. Au lendemain des bouleversements de la Révolution et de l'Empire, la société a perdu de sa lisibilité. La confusion nouvelle, l'incertitude des positions avivent l'anxiété, stimulent le désir de vaincre l'opacité inquiétante du corps social. [...] S'opère [alors] une redéfinition des élites. La complexité des mouvements qui s'accomplissent au sommet de la pyramide n'intéresse guère. De bons vieux stéréotypes permettent le plus souvent de faire l'économie d'une stricte analyse. C'est alors, répète-t-on, le temps de la bourgeoisie " . On ne pouvait rêver plus belle invitation à l'étude du devenir des titrés de l'Empire...

Car les travaux sur la noblesse d'Empire ne sont pas nombreux et ne permettent jamais de répondre aux questions soulevées précédemment. L'ouvrage d'Edmond Pierson, comme la plupart des histoires de la noblesse publiées au XIXee siècle, est seulement une étude juridique. Il faut attendre 1970 pour que la noblesse d'Empire soit de nouveau l'objet de quelques publications : au sommaire des actes du colloque sur la France à l'époque napoléonienne figurent un article de Michel Bruguière sur l'entrée des financiers dans la noblesse d'Empire, une communication de Pierre Durye sur les chevaliers dans la noblesse impériale et un bilan de Monika Senkowska-Gluck sur les donataires de Napoléon.

Seul Jean Tulard a consacré un ouvrage aux anoblis au cours des dernières décennies, mais dans une problématique institutionnelle et non pas sociale, en portant son intérêt essentiellement sur les grands dignitaires et non pas sur les obscurs chevaliers et barons. Plus récemment, l'historien britannique Gordon K. Anderson a envisagé la fusion de la noblesse nouvelle avec l'ancienne. Mais là encore, l'argumentation n'utilise que les plus célèbres anoblis.

Les grandes thèses régionales ne permettent guère de pallier ces lacunes. Préoccupées avant tout d'histoire politique et rurale, elles envisagent les noblesses en tant que cadres des sociétés villageoises et en précisant rarement l'origine des titres évoqués. Lorsque l'existence de la noblesse d'Empire est mentionnée, c'est pour annoncer que ce groupe ne sera pas étudié en tant que tel. Pierre Lévêque souligne la difficulté de prendre en compte les anoblis de la Bourgogne : "Bien qu'une quarantaine d'années aient passé depuis la Révolution, noblesse et bourgeoisie restent distinctes. Les facteurs de rapprochement, pourtant, ne manquent pas. On ne reviendra [...] [pas] ici [...] sur la noblesse impériale à peu près inclassable à la limite des deux groupes".

Ces lacunes reflètent celles de l'histoire de la noblesse d'Empire. Jean Tulard lui-même, n'allant pas au delà de 1815, invitait à poursuivre en indiquant notamment que l'étude du rapprochement des deux noblesses susciterait à lui seul tout un ouvrage. Malgré les apports d'André-Jean Tudesq à la connaissance des noblesses au xixe siècle, malgré les premiers progrès synthétisés dans la publication des actes du colloque de Rome de 1985 consacré aux noblesses européennes, Adeline Daumard souligne encore, en 1989, les problèmes non résolus après avoir attiré l'attention sur l'importance des ascensions sociales sous la Révolution et l'Empire. Consacrant sa thèse aux notables de la Manche, Alain Guillemin classe les titrés de l'Empire avec ceux de la Restauration dans une catégorie intitulée "noblesses du xixe siècle " , inutilisable pour l'historien de la noblesse d'Empire. Pour sa part, Luc Boisnard, dans son étude sur la noblesse en Touraine, a traité trop rapidement les anoblis de l'Empire. Et lorsqu'arrive le temps des travaux attirant l'attention sur la noblesse de Napoléon, celui des grandes thèses régionales est révolu. C'est en 1989 que Suzanne Fiette soutient sa thèse sur les Caffarelli. En 1990, le travail de François Pairault met à l'honneur le baron Eschassériaux de Saintes. La même année, l'étude de Jean-Marie Wiscart prend en compte les anoblis de l'Empire.

Seule Claude-Isabelle Brelot a véritablement renouvelé l'étude des noblesses dans la France post-révolutionnaire tout en proposant une réflexion novatrice sur les titrés de l'Empire. Envisageant les voies multiples de l'adaptation des noblesses à la société du xixe siècle, elle démontre la capacité des anoblis à participer à cette réinvention. Elle suscite travaux, colloque et publications mettant à l'honneur une histoire nobiliaire affranchie de la coupure artificielle de la Révolution et offrant sa place à la noblesse d'Empire.

En définitive, l'histoire de la noblesse d'Empire pose le problème de la transition de la société d'ordres à la société des notables, de la maîtrise de l'évolution sociale dans la France post-révolutionnaire et de la fusion des élites au xixe siècle. À terme, elle engage sur les voies d'une nouvelle histoire sociale conduisant à une interrogation "sur les processus de fixation des identités et d'affirmation des solidarités " . Envisager le destin des titrés de l'Empire soulève en effet la question de leur identité : quelle est la composition de ce groupe social ? Est-il resté soudé par une identité commune ? Comment a-t-il réagi aux persistances nobiliaires et aux réussites bourgeoises du xixe siècle ? Car ce n'est pas en 1815 mais en 1870 ou en 1914 que l'historien peut juger de la réussite ou de l'échec de cette ambitieuse entreprise de recomposition sociale. Pour sa part, Maurice Garden invite à envisager l'histoire des noblesses dans le but d'éclairer à la fois les processus d'ascension et de déclassement : "L'étude des processus, des formes d'acquisition de la noblesse par des individus ayant personnellement ou familialement sur plusieurs générations, parcouru d'autres itinéraires, pourrait être un bon exemple des méthodes d'une histoire sociale qui ne s'intéresse pas seulement aux structures, mais aussi aux processus de transition, d'ascension ou d'anéantissement ". Or la reconstitution du destin des anoblis de Napoléon ne conduit pas forcément à une histoire de la réussite sociale.

Faire l'étude de la noblesse créée par Napoléon ier implique tout d'abord un examen détaillé des motivations et des principes qui ont conduit le gouvernement héritier de la Révolution à faire renaître une noblesse près de deux décennies après l'abolition des privilèges. Transcriptions des discussions au Conseil d'État, correspondance de Napoléon, archives du Conseil du Sceau des titres, législation impériale et mémoires des contemporains doivent y aider.

Après une mise au point sur la législation nobiliaire nouvelle, l'élite ainsi produite doit être analysée dans un cadre statistique : face à un groupe dont l'existence ne tient pas aux représentations collectives mais dont la construction est institutionnelle, il est en effet possible de respecter les principes selon lesquels l'histoire sociale doit se faire d'abord quantitative. L'Armorial établi par le vicomte Albert Révérend, malgré quelques défauts, a été retenu pour établir un corpus composé des anoblis français laïcs, en excluant ceux dont les lieux de naissance n'ont pu être précisés au fil des recherches complémentaires dans les différents dictionnaires biographiques. A ainsi été constitué un corpus de 3072 noms permettant de dresser une géographie du recrutement des titrés et d'en faire une sociologie. Toutefois, dans le souci de mesurer la portée de l'anoblissement par l'Empire, les membres du second ordre de l'Ancien Régime en ont ensuite été retirés : la géographie et les statistiques ont alors été reprises et affinées sur ce nouveau corpus de 2396 anoblis. Celui-ci a par ailleurs été le fondement du travail mené pour l'ensemble du xixe siècle : afin de tenter une première approche du devenir de la noblesse impériale, les deuxième et troisième générations des familles des anoblis ont également fait l'objet d'un traitement statistique, toujours à partir des données de l'Armorial de Révérend qui se sont révélées, grâce à la prosopographie, généralement fiables.

Mais celles-ci sont loin d'être suffisantes et n'offrent qu'une esquisse de la sociologie des membres de la noblesse d'Empire au xixe siècle. Or l'essentiel n'est pas seulement la connaissance de la structure interne du groupe mais aussi la compréhension des mécanismes d'ascension, d'échec ou de déclassement des individus qui le composent, le but de l'histoire étant d'établir les principes généraux du fonctionnement social. Le résultat des statistiques appelle donc un éclairage par la compréhension du vécu. Force est de recourir alors aux méthodes de la prosopographie c'est à dire à une "biographie collective d'échantillons ciblés ". Ces nouvelles voies de l'histoire sociale permettent en effet d'aller au delà de la sécheresse des statistiques, de saisir les mutations par le biais de microanalyses et d'atteindre même la connaissance "de l'âme profonde des groupes sociaux " en multipliant les reconstitutions d'itinéraires familiaux. Historiens et sociologues s'accordent d'ailleurs aujourd'hui pour reconnaître l'intérêt des récits de vie comme un matériel empirique d'étude de la mobilité sociale.

Un échantillon représentatif a été sélectionné afin de reconstituer des généalogies et de quérir ces récits de vie si utiles à la compréhension des fonctionnements d'un groupe social. Trente-et-un lignages, soit 545 individus, ont été choisis en fonction de la connaissance préalable du groupe acquise grâce aux statistiques. Une telle démarche laisse bien sûr une part à l'intuition personnelle, mais tout choix de famille est de toute façon déformant en raison de la singularité du destin individuel et de l'histoire lignagère. Du reste, les redéfinitions de l'histoire culturelle ont induit un retour à une philosophie du sujet récusant la force des déterminations collectives et des conditionnements sociaux : travailler sur un échantillon choisi de façon raisonnée paraît donc légitime à l'heure où la microstoria s'efforce d'apporter une réponse aux doutes des historiens de la société en rétablissant le rôle des individus dans la construction des liens sociaux. Une histoire de la noblesse d'Empire dans le long terme doit donc être nominative et qualitative afin de préciser les identités en s'affranchissant des représentations traditionnelles.

Le fichier de 545 individus issus des 31 lignages sélectionnés l'a permis : en utilisant les pistes données par l'Armorial du vicomte Albert Révérend et par les dictionnaires biographiques, leur histoire a été reconstituée entre autres grâce aux archives de l'enregistrement et des études de notaires. Appartenant initialement à quatorze départements, ces lignages ont en définitive appelé des recherches dans la moitié de l'hexagone : l'extrême mobilité de la noblesse d'Empire renforce la nécessité de travailler par échantillon. Une approche exclusivement parisienne ou régionale aurait, en effet, été insuffisante pour rendre compte de l'histoire sociale d'une élite nouvelle et moderne : seul un échantillon de dimension nationale peut satisfaire aux exigences de la compréhension des mécanismes de l'ascension sociale ou du déclassement. Mais cette dimension même interdit toute extension de l'échantillon dans le cadre d'un doctorat.

Si la connaissance des fortunes était le but premier des dépouillements des déclarations de successions et des actes notariés, elle n'en était pas le seul : mode de vie et comportements culturels y apparaissent également, aidant ainsi à percevoir l'identité des anoblis et à les situer dans la hiérarchie de la France des notables. Mais la quête de l'identité de la noblesse d'Empire peut d'autant moins se satisfaire des seules archives publiques ou même des minutes notariales que la spécificité de la noblesse n'apparaît "ni dans le revenu, ni dans la dot, ni dans la fortune au décès " . Claude-Isabelle Brelot a démontré à quel point seules les archives des familles autorisent une reconstitution de l'univers des élites du xixe siècle : "[le] mode de vie [de la noblesse], toujours imité, jamais égalé, ne peut être connu que par ses archives intimes [...] [qui] seules permettent de débusquer l'identité nobiliaire et les valeurs fondamentales d'un groupe confronté à la modernité et aux valeurs bourgeoises " . Le recours à cette irremplaçable documentation a permis de saisir les modes de gestion du capital économique aussi bien que du capital social et culturel des anoblis et de juger de leur identité, voire de leur distinction. À terme, se dégage l'histoire d'un groupe nobiliaire établi institutionnellement mais dont les membres empruntent les voies diverses de la mobilité sociale : aristocratie voulue par un souverain absolu, la noblesse d'Empire offre à la fois des exemples de déclassement et d'ascension qui illustrent les modalités de renouvellement des élites dans la France du xixe siècle, élites qui se définissent en partie par leur mobilité tant sociale que géographique ou même professionnelle.

 

Conclusion

 

Du point de vue de son créateur, la noblesse d'Empire peut être considérée comme un échec puisque ce groupe social, quand bien même les familles les plus fidèles à la quatrième dynastie ont tenté de le fédérer, n'a pas, dans sa majorité, conservé son identité de défenseur du trône des Bonaparte : l'Aiglon en 1830 moins encore que Louis-Napoléon en 1848 ne trouvent parmi les titrés de leur père ou de leur oncle les forces vives d'une conquête du pouvoir. Par ailleurs, les anoblis dépourvus de capital économique se reclassent généralement dans les couches supérieures des catégories sociales moyennes. Ils n'échappent donc pas à l'enlisement qui affecte, par exemple, les noblesses démunies de la Manche, d'autant moins qu'ils ne disposent pas du capital symbolique grâce auquel la noblesse pauvre de Franche-Comté ne subit qu'un déclassement relatif. Si bien que la masse de granit napoléonienne se fissure rapidement, révélant ainsi la difficulté à créer en moins d'une décennie une élite nouvelle.

Pourtant, les trois cinquièmes des titrés impériaux ont participé au renouvellement des noblesses au xixe siècle et, pour cette raison, n'auraient pas eu à rougir de leur destin face à Napoléon qui désirait aussi faire de son aristocratie un creuset de la fusion des élites. Les anoblis épargnés par l'enlisement ont en effet mis à profit la mobilité ascendante favorisée par la Révolution et l'Empire pour se constituer en une élite ouverte parvenue à s'inscrire dans la durée. Car il appartenait à la noblesse impériale de s'imposer face à un ci-devant second ordre puisant son prestige dans une histoire pluri-séculaire. Noblesse de récente origine née d'un régime à la légitimité parfois même contestée, elle a su faire un atout de son inscription dans un temps court en proposant à ses contemporains une recomposition des valeurs nobles autour du mérite. Dès lors, il n'est plus besoin d'une longue lignée d'ancêtres pour être agrégé à la noblesse : mieux vaut s'appliquer à être pleinement digne d'un père ou d'un aïeul qui a brillamment participé à l'avènement d'une France régénérée par les idées de 1789. En exprimant leur foi dans le mérite, les anoblis conservent d'ailleurs une part essentielle de leur identité initiale et conduisent Balzac, en 1836, à noter qu'"il n'y a plus dans un vieux nom que l'obligation de se faire un mérite personnel, afin de reconstituer une aristocratie avec les éléments de la noblesse ". Ils font ainsi preuve de leur aptitude à participer à la réinvention de la noblesse qui est le fait des anoblis de Franche-Comté et à laquelle adhèrent également les royalistes de la Mayenne.

Économiquement et professionnellement, la noblesse impériale s'impose d'ailleurs comme une véritable aristocratie, au sens étymologique du terme. Elle exprime ses préoccupations pour le progrès dans les secteurs industriels les plus porteurs, démontrant que son appartenance au monde des affaires ne tient pas seulement à ses alliances avec des filles de grands industriels ou de banquiers. Elle s'insère également parmi les grands propriétaires fonciers sans pour autant céder à la passivité des rentiers du sol, prenant bien au contraire les devants en matière d'initiative agronomique. Politiquement, elle ose tourner le dos au bonapartisme afin de mieux s'insérer dans une noblesse légitimiste ou orléaniste à moins qu'elle ne se sente suffisamment sûre d'elle-même pour affirmer son originalité dans les rangs des républicains. Culturellement, elle ne se montre guère prisonnière des conformismes et préfère les engagements sincères à une ostentation de convenance. Et elle achève de s'insérer dans les noblesses par un mode de vie dont l'élégance transcende les clivages politiques puisqu'il unit des royalistes comme les Oudinot, des bonapartistes comme les Gourgaud ou des républicains représentés par le comte Rampon. Elle est ainsi acceptée par les autres noblesses qui n'hésitent pas à s'allier avec elle et forme donc un carrefour social où se rencontrent noblesse ancienne, anoblis du xixe siècle, aristocratie des affaires et du service de l'État. Nombre de ses membres mêlent du reste plusieurs appartenances : illustrant la "complexification " de la société reconstruite sur les ruines de la société d'ordres, ce processus les conduit à perdre leur identité initiale.

Or cette perte est consommée de façon particulièrement précoce : les mariages dans la noblesse ancienne sont nombreux dès la Restauration, les anoblis se font gentilshommes agronomes ou capitaines d'industrie dès les lendemains de 1815, la présence au cour de la vie élégante est avérée dès les règnes de Louis XVIII et Charles X. Certes les titrés de Napoléon ne sont pas forcément présents sur tous les fronts de l'acculturation dès la première génération. Mais la somme des destins individuels montre une noblesse impériale sous le jour d'une véritable aristocratie dès les années 1815-1830. C'est d'ailleurs à une histoire attentive au rôle de l'individu qu'appellent les anoblis : quand bien même ils s'inscrivaient dans la continuité d'une ascension familiale, si modeste fut-elle, les hommes distingués par Napoléon n'étaient pas dénués de force de caractère. Et ce sont finalement les mieux pourvus en ce domaine qui ont échappé à l'enlisement, notamment lorsqu'ils étaient, comme Tirlet ou Maison, issus de milieux populaires. Quant aux réussites qui ne s'affirment qu'à la seconde génération, telle celle de Germain Dupré, elles se font elles aussi au prix de solides qualités individuelles tandis que les déclins tiennent entre autres à un manque de volonté d'ascension sociale.

Cette volonté de réussite se traduit avant tout dans l'acceptation d'une mobilité géographique qui inscrit les titrés impériaux dans la tradition des élites nouvelles tels la noblesse seconde encouragée par le pouvoir royal à quitter ses terres natales, les secrétaires du roi de Franche-Comté au recrutement national, les entrepreneurs dynamiques de la bourgeoisie rouennaise venus notamment d'Outre-Manche, sans oublier les ouvriers qualifiés. La noblesse d'Empire se présente donc comme une élite nationale : sa mobilité l'engage dans des implantations géographiques multiples qui permettent à chaque lignage d'intérioriser la diversité de la province française par l'expérimentation de multiples enracinements. Mais cette mobilité, jointe à la pratique de la double voire de la triple résidence, conduit par ailleurs les anoblis les plus soucieux de reconnaissance sociale à s'établir dans la capitale. De l'ostentation de l'hôtel parisien des beaux-quartiers à celle des bals de la cour ou des salons les mieux fréquentés, il n'est de socialisation réussie, pour la noblesse impériale, qu'à Paris : c'est dans la capitale que les réussites sont consacrées le plus brillamment, seule sa sociabilité détermine le degré auquel s'achève l'ascension sociale de chacun si bien que s'accroît la complexité des élites parisiennes.

Mais la noblesse impériale contribue à abolir, en leur sein, les critères juridiques de distinction : en devenant l'une des composantes de la société des élites définie par Adeline Daumard, elle démontre que l'ancienne aristocratie n'est plus sans concurrent. Mais en fusionnant précisément avec celle-ci, elle s'affirme en définitive comme une véritable noblesse aspirée vers le haut par la force des valeurs du second ordre mise en évidence par Claude-Isabelle Brelot. L'idée nobiliaire est donc loin d'être défunte au xixe siècle. Dans le débat sur la survivance nobiliaire et l'embourgeoisement du second ordre, la noblesse impériale préservée de l'enlisement offre l'exemple d'un groupe capable de se dégager de ses origines bourgeoises pour s'insérer dignement dans l'aristocratie, perfectionnant le modèle de la mobilité sociale des secrétaires du Roi : outre l'aptitude au déracinement, elle présente comme eux diversité des origines sociales et adhésion au mode de vie nobiliaire, mais elle mise plus qu'eux sur l'ascension par les alliances. Elle a ainsi perdu, sauf exception, son caractère d'élite napoléonienne mais elle est demeurée une méritocratie tout en gagnant l'identité d'une authentique noblesse.

 

Index des noms de personnes

Les noms des historiens sont en majuscules.
Les patronymes des anoblis (nobles refaits exclus) sont précédés d'un astérique. Lorsqu'aucun titres n'est précisé, il s'agit de fils cadets ou de fils de chevalier ne portant pas de titre.
De surcroît, les anoblis de l'échantillon sont inscrits en caractères gras.

Abbatucci (général) 330

Abboville (comte d') 221 n. 1, 211 n. 2

*Abrial 40, 205

Adélaïde (Madame) 406

*Agar

    Jean-Antoine-Michel, comte de Mercuez de Mosbourg 102, 131, 279, 281

    Laurence-Marie-Catherine, épouse Maison 279, 280, 281, 348, 398, 426

    Michel-Pierre-Antoine-Laurent, comte de Mosbourg 245, 412

Agoult (Marie d') 407

Aladenize 231

Alicot (sours, épouses Dupré) 268

*Alix (Jacques-Alexandre-françois, comte) 212 n. 1

Allard (Nelzir) 246, 267, 268

Allard (général) 324

*Alton (Édouard) 241

*Ameil (Auguste-Jean-Joseph-Gilbert, baron) 211 n. 5, 301

ANDERSON (Gordon K.) 18

Andréossi (Joseph-Pierre-

Claude) 73, 118

Andryane 63

Angosse (comte d') 209, 211

Anne (Théodore) 51

Appert (Benjamin) 206

Apponyi 434

Argenson (d') 29

Arjuzon

    comte d' 145

    Félix-Jean-François-Thomas, comte d' 407

*Arnault (Antoine-Vincent, chevalier) 36, 212 n. 1

Arrighi de Padoue, duc 212 n. 1, 247, 282

*Atthalin

Louis-Marie-Jean-Baptiste, baron 222

comte 426

*Augereau duc de Castglione (Pierre-François-Charles) 98

Aumont (duc d') 261

Aupick (général) 330

*Aymé de La Chevrelière

    Jean-Marie-Charles 249, 308

    Émile-Louis-Marie 247 n. 11

*Bachasson de Montalivet, comte

    Jean-Pierre 36

    Marthe-Camille 221, 224, 229, 241, 249, 303, 309, 328 n. 10, 420, 426

*Bachelu (Gilbert-Désiré-Joseph, baron) 217, 230

*Bacler d'Albe (Louis-Albert-Guislain, baron) 119

BAINVILLE (Jacques) 12

*Baillod 213 n. 6

*Bailly de Monthyon (François-Gédéon, comte) 281

*Balguerie (Pierre, baron) 74

Balzac (Honoré de) 149, 152, 408, 443

*Bandy de Nalèche (Charles-Léon-Louis, comte) 249

*Baraguey d'Hilliers

    Louis, comte 236

    Louis-Achille, comte 236 n. 1, 238 n. 3, 242

*Barbé-Marbois (François, comte) 205

Barbentane (marquis de) 261  

Barral (comte de, archevêque de Tours) 211 n. 1

*Barthélemy (François, comte) 204, 207 n. 5

Bassanville (comtesse de) 407

Bastide (Anatole) 268

*Baston de la Riboisière

    Ferdinand-Marie-Auguste, comte 249

    Honoré-Charles, comte 238 n. 3, 242

Bataille 231

*Baude

    Pierre-Joseph-Marie, baron 213 n. 6

    Jean-Jacques, baron 382

*Baudoin (Eugène-Maximilien) 416

Baudon de Mony 287

    Charles-Adolphe-Joseph-Vincent 287

    Victor-Emmanuel 440

Baudon de Mony-Colchen (Charles-Victor-Auguste, comte) 287

Bauffremont (prince de) 163, 358

Beaucorps (famille) 176

Beauharnais

    Eugène de 46, 216, 283

    Joséphine de, impératrice des Français 120, 123, 126

    Hortense de 39, 122, 214, 231

BECARUD (Jean) 250

*Begouen (Jacques-François, comte) 74

*Begougne de Juniac (Jacques-Ange-Louis-Eugène, baron) 245

* Béguinot (François-Barthélemy, comte) 80

*Belliard (Auguste-Daniel, comte) 101, 211 n. 1, 223, 376

Bellomayre (Jean-Bernard-Michel de) 424

Béra (Marie-Amélie-Anne) 268

*Bérenger (Jean-Pierre-Paul, comte) 331

BERGERON (Louis) 13, 14, 72

Bergevin (famille) 175

*Berlier (Théophile, comte) 34

*Bernadotte, roi de Suède 101

*Bernard (Simon, baron) 80, 213 n. 6

Berry

    duc de 216

    duchesse de 406

Berryer (avocat) 232

BERTAUD (Jean-Paul) 14

Berthier de Wagram 397

    maréchal 36, 46, 49, 98, 100, 104, 136, 232, 406

    maréchale 127

    princesse 282

Napoléon-Alexandre-Louis-Joseph 144, 324

*Berthollet (Claude-Louis, comte) 98, 214 n. 3

*Berton (Jean-Baptiste, chevalier) 217

*Bertrand 316, 367, 402

    Alexandre-Arthur-Henri 236 n. 2, 241, 309

    Henri-Gratien, comte 77 n. 3, 100, 206, 211 n. 5, 215, 216, 227, 279, 288

Napoléon, comte 234

*Bertrand-Geslin 259, 349, 364, 369, 373, 404

    Jean-Baptiste-Charles, baron 78, 84, 92, 94, 95, 98, 105, 109, 126, 136, 212, 338, 339, 351, 368, 388, 422, 433

    Adélaïde-Marguerite 364

    Cécile-Marie-Thérèse 275

    Charles, 2e baron 266, 344, 352, 354, 364, 373, 420, 427, 433

    Henri, 3e baron 271, 306, 323, 324, 364

    Honorine 275, 364

    Lucien 308, 314, 317

    Marie-Anne 275

    Marie-Marguerite 258

*Bessières 282

    maréchal, duc d'Istrie 98, 110, 232

    Henri-Gérard-Julien (chevalier, frère du maréchal) 221

    duchesse 408

Béthune-Hesdigneul 63

*Beugnot 259, 285, 348, 349, 351, 361, 369, 370, 371

    Edme, notaire 79

    Jacques-Claude, comte 85, 93, 94, 99, 101, 103, 107, 108, 125, 128, 129, 131, 133, 143, 156, 157, 158, 205, 207, 260, 296, 307, 323, 340, 351, 354, 362, 369, 371, 378, 385, 386, 398, 417

    Arthur-Auguste, 2e comte, 240, 238 n. 4, 241, 254, 257, 258, 261, 302, 306, 348, 353, 362, 368, 388, 419, 421, 424, 431

    Arthur-Auguste-Jacques, 4e comte, 298, 308, 314

    Claude-Albert, 3e comte, 322, 348, 362, 436

    Clémentine-Amélie 280, 285

    Gustave-Adolphe, vicomte 314, 317, 348, 362, 419

    Marguerite-Amicie 260

Beurges (comte et comtesse) 397

*Bignon (Louis-Pierre-Édouard, baron) 82, 145, 220 n. 5, 224

*Bigot de Préameneu (comte) 282

Blacas (duc de) 261

Blanc (Louis) 148

*Blancard

    Amable-Guy, baron 78, 89, 106, 167, 212, 340, 345, 351, 359, 374, 395, 427, 432

    Louis-Guy, baron 254, 255, 263, 298, 303, 308, 313, 345, 351, 374, 375, 395, 403, 424, 425, 427, 430

    Jeanne-Louise-Mathilde 266, 271

*Blanquart de Bailleul (Henri-Joseph, baron) 62

Blacque de Belair (François-Charles) 275

BLUCHE (Frédéric) 217

Bocher 271

    Édouard 269

    René-Paul-Emmanuel 265, 269, 282

*Boisaumarié (Ernest-Hilaire, baron de) 306

BOISNARD (Luc) 19

*Boissonnet (André-Denis-Alfred) 248

*Boissy d'Anglas 282

    François-Antoine, comte 205, 207, 210, 211, 211 n. 1, 211 n. 2, 249

    Jean-Théophile-Gabriel, comte 221, 236 n. 7, 426

Bonaparte

    dynastie 34, 241, 247, 442

    général 40, 85, 381

    Jérôme-Napoléon, prince 247

    Joseph 50, 126, 127, 137

    Louis 50, 101

    Lucien 101

    Victor, prince 274, 284

*Bonnemains (Henri-Pierre-Édouard, baron de) 331

Bonneval (marquis de) 142

Bontoux (Eugène) 271, 403

Bordier (Henri) 147

*Borelli (Charles-Hyacinthe-Jules, vicomte) 411

*Boudet

    Étienne 213 n. 6

    Pierre-Paul 244

    Auguste 244

Bouffet-Montauban (colonel) 231

*Bougault (baron) 247

Bouillé (marquise de) 261

*Boulart (Jean-François, baron) 100, 113, 154, 156

Boulainvilliers 29

*Boulay de la Meurthe (Henri-Georges, comte) 212 n. 1, 213 n. 6, 235, 236 n. 3, 242

*Boulnois

    Louis-Nicolas, chevalier puis baron 89, 100, 103, 112, 136, 159, 168, 169, 169, 171, 172, 174

    Charles-Édouard 166, 184, 189, 266, 333

    Florentine-Louise 195

    Louis-Achille-Florentin, baron 166, 184, 190, 192

Bourbons (dynastie des) 131, 132, 134, 203, 204, 406, 407

*Bourdon de Vatry

    Alphée 238 n. 4, 241, 409

    Amédé-Louis-Henri, baron 222

*Bourgeois de Jessaint 259, 286, 323, 369, 370, 371, 404, 408

    Claude-Laurent, baron puis vicomte 78, 85, 93, 100, 102, 103, 107, 108, 112, 126, 135, 158, 207, 208, 210, 213, 230, 260, 285, 323, 339, 351, 361, 388, 392, 413, 419

    Adrien-Sébastien, 2e vicomte 236 n. 7, 281, 303, 322, 323, 324, 326, 342, 351, 361

    Aline-Caroline 262, 285, 342

    Anne-Jacqueline-Adrienne 256, 258, 260

    Anne-Louise 275

    Henri-Fernand, 3e vicomte 245, 271, 272, 322, 323, 324, 342, 353, 361

    Joséphine-Claire 267

Bourgoing (baron de) 246

Bourlon de Sarty d'Héronville (Alexandre-Claude-Henri) 275, 276

Bourmont 225

Bourrienne 408

*Bouvier (Louis, baron du Molart) 212 n. 1, 229, 376

Boysson (Antoine, avocat) 382

*Brayer (Michel-Sylvestre, comte) 211 n. 5, 213 n. 6, 230

Bréda (comte de) 257, 285

BRELOT (Claude-Isabelle) 15, 16, 19, 24, 80, 162, 312, 418, 445

*Brenier (Antoine-Maxime-Edmond, baron) 409

Bryas (famille de) 263

Brissac (comtesse de) 261

*Bro 436

Brousse 230

*Bruguière de Barante

    Claude-Ignace-Constance-Prosper, baron 219 n. 3, 235, 241, 247 n. 10, 248

    Amable-Guillaume-Prosper, baron 385

*Brun de Villeret (Pierre-Louis-Bertrand, baron) 100, 376

*Brune (Guillaume-Marie-Anne, comte, maréchal) 98, 118, 210

Bucheron (Marie-Élisabeth, épouse Pardessus) 111

Buffon (naturaliste) 421

*Bussière 409

BUTLER (Ronnie) 149

*Cadet de Gassicourt (Charles-Louis, chevalier) 221

Cadore (duc de) 211 n. 1,

Caffarelli

    famille 19, 102

    général 101, 118

Cahen d'Anvers

    Louise-Élise-Claire, épouse Gourgaud du Taillis 276, 348

    Raphaël-Maximilien 277

*Callande de Clamecy (Eugène, baron) 243, 245

Calmon

    Marc-Antoine 267, 268,348

    Robert 365

*Calvet de Madaillan (Joseph-Thibaud, baron) 218 n. 5

Cambacérès 390

    Archichancelier 36, 37, 48, 57, 62, 101, 114, 125, 149

    duc de 282

*Cambronne (Pierre-Jacques-Étienne, comte) 211 n. 5, 218, 275

Campan (Madame) 38, 121, 301

Canclaux (comte de) 211 n. 1, 211 n. 2

Canova (sculpteur) 414

*Capelle (Guillaume, baron) 221

Carcy (Frédéric de) 144, 151

*Cardenau (Jean-Baptiste-Albert) 248

*Cardon de Montigny

    Évariste-Jules-Joseph, baron 238 n. 4, 241

*Carnot

    Lazare-Nicolas-Marguerite, comte 210, 212 n. 1, 220

    Lazare-Hippolyte 235, 236 n. 2, 239, 240, 241, 328 n. 10

Casabianca (comte de) 211 n. 1

*Cassagne (baron de) 135

Castelbajac 258, 259, 276

    Françoise-Louise-Pauline 261, 347

    comte et comtesse de 271

Castellane maréchal de 142

    Boni de 404

CASTELOT (André) 12

*Castex (Théodore, vicomte de) 407

Castres (comtesse de) 282

*Cauchy

    Alexandre-Laurent-Marie 330

    Marie-Anselme-Balthazar-Irénée 332

    Marie-Arthur 327

    Marie-Clément 328

Caulaincourt, duc de Vicence 141, 305

Caumont 406

*Cavaignac de La Lande 282

    Jacques-Marie-Eugène 249, 303

    Jean-Baptiste, baron 236

    Louis-Eugène 236

Certain (homme de confiance de Nicolas-Joseph Maison) 115

Certain de Bellozanne

    comte de 285

    Marguerite-Eve, épouse Pajol 245, 274, 427

*Cervoni (Antoine-joseph-Jean-Baptiste, baron) 334

Cessac (comte de) 262

Chabannes 259

*Chabaud-Latour

    François-Henri-Ernest 247 n. 10, 248, 383, 385

    Henri-Alphonse-Arthur 247 n. 10

*Chambon de Limoron (Claude-Gauderique-Joseph-Jérôme, baron) 281, 382

Chambord (comte de) 229

*Champy (Jean-Simon, baron) 91

Changarnier 240

Charbonnier de Villequetout (Julie-Marie-Élisabeth, épouse Lefebvre) 275, 276

Charette (général vendéen) 85

Charles X (ou comte d'Artois) 135, 142, 204, 222, 223, 226, 233, 406

*Charpentier (Henri-François-Marie, comte) 108

Charton (Édouard) 147

*Chasseloup-Laubat (Justin-Napoléon-Samuel-Prosper, marquis de) 328 n. 10, 409, 535

Chastenay (Victorine de) 120, 121, 123

Chateaubriand (François-René) 143

Chauchat (Émile) 360

*Chaudruc de Crazannes (Henri-Paul-Eugène de) 327

CHAUSSINAND-NOGARET (Guy) 14, 72

Chevalier de Caunant (Armand) 347

Chevreau d'Entragues

    Henri 276

    Henriette 348

Choiseul 236, 276

    Appoline-Marie-Nicolette de 179

    comtesse de 262

Choiseul-Praslin, duc de 256

Cholet (François-Armand, comte) 214 n. 3

*Christiani (baron) 248

*Christophe (Louis-Joseph-Félix) 327

*Christophe de Lamotte-Guéry (Nicolas-Édouard) 327

*Claparède 282

    Michel-Marie, comte 207 n. 5, 218 n. 5, 426

Clarke, duc de Feltre 118, 247

*Clary 285, 287

    François 236 n. 7

    Justinien-Nicolas, comte 245

    Louise-Eugénie-Marie-Joséphine 284

Claudel (Paul) 153

*Clauzel 282

    maréchal comte 209, 211 n. 5, 215, 227, 233

    Gabriel-Pierre-Aimé-Henri, comte 225, 231

    René 332

*Clément (Charles-Louis, chevalier) 368

Clément de Givry (Marie-Antoinette, épouse Demonchy) 254, 257

*Clément de Ris (Dominique, comte) 211 n. 1

*Clerc (Marie-Antoine-Amédée) 327

Clermont-Tonnerre

    comtesse de 261

    marquis de 145

    Geneviève de 262

Clogenson (Jean) 266, 408

Colas des Francs 393

    François 110

    Marie-Louis-Joseph 257

*Colaud (Claude-Sylvestre, comte) 219, 207 n. 5

Colbert (comtesse) 269

*Colchen (Jean-Victor) 102, 211 n. 1

Colleville (Auguste-Nicolas-François de) 195

*Collin de Sussy

    Jean-Baptiste, comte 212

    Jean-Baptiste-Honoré-Louis-Henri, comte 334

Compagnot (Jacques-Edme-Ursule) 267, 268

Conneau (Henri, docteur) 230, 231

*Conroux de Pépinville (Napoléon-Nicolas, baron) 332

CORBIN (Alain) 17

*Corbineau (Jean-Baptiste-Juvénal, baron) 213 n. 6

*Cornet (Mathieu-Augustin, comte) 205, 207 n. 5

Cornot de Cussy (Théodore) 256, 258, 286

*Cornudet 284, 376

    Joseph, comte 211 n. 1, 213 n. 6, 221

    Joseph-Alfred, comte 306, 409

    Louis-Joseph-Étienne, comte 249

*Corvisart (Rémy-Franço